Théâtre

Les bons coups de fouet de La Revue genevoise

Sepp Blatter, Eric Stauffer, Pascal Décaillet sont les héros d’un spectacle signé Pierre Naftule. La saga des pataquès a de l’allure, même si elle souffre d’embonpoint

La Revue genevoise reverdit, c’est la promesse de Pierre Naftule qui en reprend le fouet, huit ans après l’avoir quitté. Il ne revient pas seul, non. À ses côtés, l’acteur Antony Mettler et l’humoriste Laurent Nicolet. Alors, faut-il y retourner, comme y incite le slogan de cette édition? Mais oui. Est-elle réussie? En grande partie, même si elle ne tient pas tous ses engagements – la salle ne rit pas toutes les vingt secondes comme annoncé — même si elle souffre d’embonpoint. Trop longue, la saga des pataquès genevois. Ses atouts? Des comédiens formidables sous les masques du pouvoir, d’Antoine Maulini à Pierre-André Sand (quelle étoffe!), de Laurent Nicolet à Joseph Gorgoni, de Fanny Fourquez à Madeleine Raykov. Mais aussi un amour du beau show servi par le scénographe Gilles Lambert.

Le plus croquant du spectacle est politique. C’est dans cette veine que les plumes de Naftule &cie crissent le mieux. Il y a d’abord ce fil rouge, la célébration du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a surtout ces intrusions dans l’arrière-boutique du MCG. Eric Stauffer et Carlos Meideros, rabelaisiens à la petite semaine, demandent des comptes à leur Conseiller d’État Mauro Poggia. Le duo dispose d’un outil imparable pour mesurer le degré d’adhésion à leurs idées: une ampoule qui s’allume dans les mains en cas de compatibilité avec le parti. Dans celles de Mauro Poggia, elle clignote à peine.

Le plus drôle peut-être est l’attentat dont est la cible le journal gratuit GHI. L’auteur de cet outrage? Salika Wenger, papesse d’Ensemble à Gauche. Sur scène défilent les autorités du pays: «Je suis GHI». Le journaliste Pascal Décaillet – joué par Pierre-André Sand – célèbre la mobilisation. Le grand ordonnateur de l’émission Genève à chaud a droit d’ailleurs à un traitement de faveur. Règlement de compte?

Là où la Revue s’émousse, c’est dans la saisie de l’humeur du temps. Les tics qui détraquent le quotidien. La névrose de la police genevoise – démembrée en pôles multiples – les méfaits des CFF inspirent des saynètes à rallonge. La vignette sur Stan Wawrinka est insipide. Par chance, le nerf de l’affaire est musical. Quand le sketch pèse, la chanson cavale. C’est Sepp Blatter en barde, par exemple, au milieu d’une noria de footballeuses helvétiques très déshabillées. Ou encore Pascal Décaillet dans un remake de «Comme d’habitude» – Claude François est un bon surmoi. Autre contrepoint bienvenu: le jeune acteur de stand-up Thomas Wiesel – en alternance avec Nathanaël Rochat – apporte un talent de puncheur à la soirée.

Aux dernières nouvelles, Pierre Naftule serait déjà en train de couper dans les bourrelets. Pour que la satire n’ait pas seulement de l’allure, mais un allant constant.

La Revue genevoise, Genève, Casino-Théâtre, 42, rue de Carouge, rens. www.larevue.ch

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