Passé maître dans l'art du titre électrochoc, l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes manie la plume comme un lance-flammes. Les chroniques de jazz ont fourni au créateur de fictions une sorte de banc d'essai où donner forme plumitive à son goût de la provocation. «Faut-il zigouiller les Blancs?», «Ne ravalons pas le jazz au niveau de la musique classique»: deux exemples de cette virulence qui fait de Vian un Léon Bloy de la critique de jazz, dévoré d'un zèle de prosélyte pour l'objet de son affection. A priori stylistiques bétonnés, règlements de comptes sanglants (pauvre Stan Kenton qualifié de «Goebbels du jazz»!): toute une époque, portée sur l'anathème comme la nôtre sur la docilité consensuelle. C'est ce courage suicidaire, ces prises de position défendues jusqu'au bûcher qui fascinent prodigieusement (et intimident quelque peu) le lecteur d'aujourd'hui dans ces chroniques pourtant datées. Les œuvres complètes mises en chantier par Fayard compteront trois volumes d'écrits sur le jazz: une somme très attendue dont ce deuxième tome donne à lire, outre la suite des articles parus dans Jazz Hot et Combat, la transcription de la série d'émissions Jazz In Paris. Un régal!