Borna Coric, 18 ans, défie Roger Federer et l’ordre établi du tennis

Générations Vainqueur surprise d’Andy Murray, le jeune Croate dispute à la légende suisse une place en finale du tournoi de Dubaï

Un intrus s’est glissé en demi-finale du tournoi de Dubaï. Les quatre meilleurs joueurs du plateau (Nadal a préféré tenter de se refaire une santé à Buenos Aires) étaient attendus dans le dernier carré. Si Tomas Berdych, Novak Djokovic et Roger Federer (vainqueur sur abandon de Richard Gasquet) n’ont pas forcé pour se qualifier, Andy Murray s’est fait débarquer comme un malpropre par Borna Coric, un gamin de 18 ans, classé 83e mondial.

Question confiance en soi, Coric est déjà dans le top 5. Sous ses airs de premier communiant, le jeune Croate est une grande gueule comme le tennis avait perdu l’habitude d’en voir. «Quand je suis à mon meilleur niveau, je vaux un Djokovic. Et quand je n’y suis pas, je suis plus comme Murray», déclarait en début d’année au Times of India celui qui se présente comme «le meilleur de [sa] génération». C’est faire peu de cas de l’Australien Nick Kyrgios, 19 ans, 37e mondial, mais cela correspond à une certaine réalité. Borna Coric a été désigné «révélation de l’année 2014» par l’ATP. Il ne compte pas s’arrêter là. «Il est inutile de pratiquer un sport si ce n’est pas pour en devenir le numéro un.» Clair et net.

Les vieux ont le pouvoir

Face à Federer, Coric risque d’apprendre sinon la modestie du moins la patience. Car la route est longue et la pente escarpée jusqu’au sommet du tennis mondial. Y parvenir réclame de plus en plus de temps, comme l’a confirmé une étude statistique de la Fédération internationale de tennis (ITF) publiée en fin d’année. On y apprend que l’âge moyen des joueurs classés parmi les 100 premiers mondiaux est de 28 ans et 4 mois. C’est beaucoup. C’est même la moyenne la plus élevée depuis quarante ans. Forcer les portes du top 100, ce qui signifie commencer à vivre du tennis, prend un an de plus qu’il y a treize ans. On y arrive désormais à l’âge moyen de 21 ans et 7 mois, après 4 ans et 8 mois d’effort dans des tournois de seconde catégorie. Beaucoup se découragent avant ou ne peuvent plus suivre financièrement.

L’élévation du niveau moyen des joueurs a compliqué et rallongé la quête de chacun. «Bien jouer au tennis, c’est vouloir assembler un puzzle. On sait quelles sont les pièces qui manquent, mais il faut du temps pour que tout soit en place», observe Stan Wawrinka, 30 ans le 29 mars.

«Un jeu de force»

Dans sa volonté de promouvoir les stars du circuit, l’ATP a uniformisé et ralenti les surfaces de jeu. Partout, le même jeu triomphe. «La vitesse n’est plus mise en valeur, a regretté Roger Federer en 2011. Si ça continue, le tennis va devenir un sport athlétique, plus physique qu’offensif.» C’est déjà le cas, à en croire Björn Borg. «Le tennis est devenu un jeu de force». Où les outsiders peinent à se faire une place dans un milieu moins concurrentiel qu’il n’y paraît.

Durer pour écrire l’Histoire

L’évolution technique du matériel aboutit à ce que Ion Tiriac nomme «du ping-pong sur une grande table». Des échanges interminables entre des athlètes très bien préparés et dotés de raquettes capables de transformer un coup de poignet en passing gagnant. On a vu comment la nouvelle raquette de Federer avait redonné un coup de jeune à son tennis en n’exigeant plus de lui d’être parfaitement placé à chaque frappe.

Reste l’explication psycho-sociologique. S’intéressant au recul des performances, David Galenson, du MIT, ne voit pas «une capacité déclinante à la compétition mais plutôt un désir déclinant de jouer». Or que constate-t-on depuis une vingtaine d’années? Des joueurs dédiés non plus seulement à la victoire mais aussi à l’Histoire. Battre des records, entrer dans les livres est devenu un leitmotiv nourri par des motifs économiques (il en faut toujours plus pour intéresser les sponsors) ou psychologique (culte du moi).

Percer devient de plus en plus difficile mais toutes les générations ne sont pas égales. Celle qui émerge paraît la plus talentueuse depuis la volée Nadal-Djokovic-Murray. Borna Coric n’en doute pas un instant .