A Bruxelles, le Botanique est le Centre culturel de la Communauté française de Belgique. Mais c'est aussi, du 30 avril au 12 mai, un Festival de musiques électriques, considéré comme le premier festival d'été même s'il a lieu en salle. Et quelle salle! Une grande verrière court le long d'un bâtiment imposant, néoclassique en diable, et borde un parc agréable où se dressent les sempiternels stands et bars sous tentes.

En chiffres, le Botanique, petit cousin du Paléo de Nyon question programmation, fait également bonne figure: 120 groupes en 12 soirs où plus de 1000 artistes attendent 30000 personnes. Avec un budget de 800000 euros (1,2 million de francs), dont 200000 euros de subventions publiques, le Botanique se veut découvreur: «Grâce aux subventions on peut se permettre de prendre des risques et de garder des prix abordables», explique Paul-Henri Wauters, responsable du programme du festival, pianiste classique, diplômé de philosophie et d'anthropologie et ancien professeur d'histoire de la musique au Conservatoire de Liège.

A 10 euros l'entrée, le Botanique fidélise un public qui apprécie la qualité des artistes programmés malgré l'offre énorme de la capitale belge. A la fois volatil et chaleureux, les yeux humides de celui qui ne dort qu'à mi-temps, Paul-Henri Wauters défend son concept de festival découvreur, mais en salle: «Quand le spectateur achète un billet pour un concert précis, il est plus attentif à ce qui se passe sur scène. Les artistes préfèrent. Moi aussi.»

A la fois pointu et populaire

A l'image des Transmusicales de Rennes ou du Festival de Montreux, le Botanique se voudrait à la fois pointu et populaire. Et son programme, du coup, tente le grand écart: des accents suaves de l'Américaine Cat Power à l'expérience jazz du rappeur français Oxmo Puccino, en passant par l'Anglais Just Jack, la grosse machine des Rakes, l'Allemande Barbara Morgenstern, nos Young Gods nationaux, Keren Ann et Abd al Malik, les Brésiliens fêlés de Bonde do Role et Grand Corps Malade, pour ne citer que les traits les plus saillants.

Les ventes de disques ont chuté. Elles ne jaugent plus de la popularité d'un artiste. Le Botanique est devenu un événement intéressant pour les grands festivals d'été qui veulent mesurer l'état de la réputation d'un artiste. Jacques Monnier, programmateur au Paléo de Nyon, est venu observer le succès, mardi soir, d'une nuit consacrée à trois groupes touaregs qui se retrouveront à Nyon cet été: Tinariwen, Toumast et Tartit. Issus du désert entre le Mali et le Niger, ces ex-combattants et femmes de combattants, ont échangé kalachnikovs contre guitares électriques. Le Botanique, bien intégré à la cité, a fait la promotion dans les quartiers africains et les émigrés de la capitale belge sont montés sur scène en masse pour danser toute la nuit, parés de leurs plus beaux habits traditionnels: turban et batik bleu. Tout le monde en a oublié la pluie.