«C'était a priori une mission impossible. A posteriori aussi.» On ne peut pas dire que, envoyé spécial du directeur général de l'Unesco en Afghanistan, Pierre Lafrance pavoisait, mardi, devant la presse internationale à Paris. Emissaire de la dernière chance pour tenter d'éviter la destruction des bouddhas géants de Bamiyan, cet ancien ambassadeur de France à Islamabad a surtout dessiné le contexte dans lequel s'est perpétré ce «crime contre la culture». Difficulté majeure: la complexité de l'entité qu'on nomme les talibans, que traversent un ensemble de mouvements ou de courants contradictoires. D'autre part, les maîtres de l'Afghanistan sont obsédés par une application dure de la charia (la loi islamique), à laquelle ils imposent leur propre interprétation: «Ce légalisme, poursuit M. Lafrance, est fortement imprégné d'émotionnel, et du scrupule morbide de n'en pas faire assez.» On peut donc considérer que la décision finale de détruire les bouddhas géants, fut certes influencée par un courant particulièrement iconoclaste. Mais aussi qu'il relève d'impératifs essentiellement religieux. Face à cette situation, que restait-il à faire? «Investir le rationnel», répond Pierre Lafrance, puisqu'il n'était pas possible de raisonner nos interlocuteurs sur place. C'est ainsi qu'est intervenue la Conférence islamique, et que des oulémas se sont mobilisés pour tenter de recourir, légalement, contre la décision. «La stratégie, pendant quelque temps, a semblé donner des résultats, et le mollah Omar, leader spirituel des talibans, a même songé un temps à suspendre la mesure pendant les fêtes de l'Aïd al-Khébir. Mais ce fut peine perdue.»

Et demain? Car il reste, sur place, des vestiges artistiques et archéologiques importants, que l'Unesco veut préserver. «Pas question de baisser les bras» estime Pierre Lafrance, qui refuse toutefois d'énumérer les trésors encore en place, par crainte d'«attirer l'attention des iconoclastes enragés sur ce patrimoine». La méthode? Persuader les interlocuteurs afghans de l'Unesco que ces pièces «ne sont pas des objets religieux». Vaste programme, auquel pourraient être joints des efforts pour associer, dans cette politique de persuasion, les oulémas, pakistanais en particulier, qui sont proches des talibans.