Il est loin le temps d'Une Epoque formidable (1991), le meilleur film de Gérard Jugnot à ce jour. Il y abordait la question des laissés-pour-compte, des sans-abri, avec une belle affection. Rien à voir avec cette nouvelle version du Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir (1932), chef-d'œuvre déjà abîmé par Hollywood en 1986 (Le Clochard de Beverly Hills). C'est d'abord Depardieu qui abat l'arbre frêle que Jugnot tente de planter: éléphantesque, simiesque, l'acteur compense en poids et en éructations (prouts compris) ce qui lui manque de Michel Simon et même du Boudu de la version américaine, Nick Nolte.

Recueilli par un galeriste du sud de la France (Jugnot) et son épouse dépressive (Catherine Frot), le clochard Depardieu reste enfermé les trois quarts du film dans leur galerie d'art. Or ce seul décor est peint et éclairé comme un plateau de télévision. Boudu version sitcom donc. Et très vite, la crédulité du spectateur (sans parler de son empathie) est mise à l'épreuve: comment croire une seconde en ces personnages sans le sou, alors que tous les talk-shows français ne parlent, ces temps-ci, que des revenus pharaoniques de leurs interprètes?

Boudu, de Gérard Jugnot (France 2004), avec Gérard Jugnot, Gérard Depardieu, Catherine Frot.