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Entre Vaud et la Grèce, Isabelle Guisan livre met des visages, des vies, des questions, des réflexions sur ces mots – identité, migrant, frontières – si souvent brandis comme des évidences.
© Santi Palacios/AP Photo ©

Livres

«Tout bouge» et surtout les humains

Entre la Suisse et la Grèce, Isabelle Guisan signe «Hors-sol», récit de voyages et reportage au cœur de nos identités flottantes

«How does it feel to be without a home? Like a complete unknown, like a rolling stone?» Ces vers de Bob Dylan sont inscrits en exergue de Hors-sol, le livre que signe Isabelle Guisan aux Editions de la Marquise. Entre Vaud et la Grèce, avec cet ample reportage littéraire découpé en plusieurs mouvements, l’écrivaine et journaliste met des visages, des vies, des questions, des réflexions sur ces mots – identité, migrant, frontières – si souvent brandis comme des évidences. Or, et c’est la beauté de ce livre, quoi de plus fluctuant que l’identité? Qui ne migre pas au cours de sa vie, à un moment ou à un autre? Dans le drame ou dans l’aisance? Quitter l’enfance, vieillir, n’est-ce pas migrer aussi?

Des cours de français pour migrants donnés au centre Point d’appui, à Lausanne, à Athènes puis Leros en Grèce, Isabelle Guisan, Grecque par sa mère, se sonde elle-même face à ces questions.

Un rêve récurrent

Finement composé (et édité), Hors-sol s’ouvre sur un rêve récurrent de l’auteure. Il donne le ton de l’ouvrage. Dans son rêve, Isabelle Guisan cherche sa chambre, chez elle à Lausanne, quand sonnent à sa porte trois élèves des cours de conversation française qu’elle donne les mercredis. Elle est gênée qu’ils découvrent ainsi son grand appartement tandis qu’eux cherchent un logement. Mais au moment où elle les fait entrer, ils se retrouvent dans l’appartement où elle a grandi, enfant. Les pièces sont presque vides. Où est sa mère? Est-elle partie à la résidence pour personnes âgées? Elle entend son frère, au loin, mais ne le voit pas. Nous sommes des êtres en perpétuel mouvement, rappelle ce prélude. Et nous sommes le fruit de nos expériences, de nos rencontres.

Lire aussi: Entre la Grèce et la France, le déracinement de Yannis Kiourtsakis

Comme pour poursuivre la fluidité du songe, le premier chapitre du livre débute par: «Tout bouge sur et près de l’eau, au bord du lac au bord de la mer, voiliers, vapeurs, ferries, cargos, migrants d’un instant ou pour toujours.» Puis une mouette «s’élance en lâchant ses appels sur quelques centaines de mètres». On suit l’arrivée de l’auteure sur une île, en Grèce, après cinq heures de bateau. Seule dans la nuit, au volant de sa voiture, avec le saxophone de Jan Garbarek qui résonne dans l’habitacle, Isabelle Guisan avance sur les routes désertes. «Etre totalement présente écarte, éclipse, le sentiment de solitude», écrit-elle.

Portraits inoubliables

Ainsi superbement amenée, l’exploration du thème du déplacement, en soi et hors de soi, avec soi et avec les autres, se poursuit à Lausanne, aux cours de conversation française pour migrants. La difficulté des échanges, les prénoms que l’on retient mal, l’obsession et la difficulté d’aider, les liens qui se nouent au fil des semaines: Isabelle Guisan retranscrit les morceaux de vies, de périples, les enfants laissés derrière soi, la tension que demande l’espoir de recommencer une vie.

Autant de portraits qui s’égrènent, à Lausanne puis en Grèce. On sait que plusieurs nous resteront en mémoire. Comme Ben, 56 ans, arrivé du Congo. Ou Lefteris et Dyonissis, deux Grecs échoués dans la rue. Ils acceptent de poser ensemble pour une photo, reproduite, en négatif, dans le livre. Et qui bouleverse.


Récit
Isabelle Guisan
Hors-sol
Editions de la Marquise, 148 p.

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