Sur le fond, c’est un peu comme mettre de l’eau dans son vin. Ou, plutôt, dans sa bière, boisson unique des protagonistes, y compris au petit déjeuner. La semaine passée, M6 montrait la dernière salve de ses épisodes des Bougon, adaptation d’une fiction québécoise. Qui, sans être ratée, n’aura pas égalé son modèle.

Férocement incorrecte, Les Bougon – C’est aussi ça la vie (2004-2006), due à François Avard, a défrayé la chronique dans la Belle Province. Et pour cause: elle dépeint les jours ordinaires d’une famille de profiteurs des assurances sociales, la fille se prostitue, le fils pique des voitures ou des chaînes hi-fi, et toute la fratrie se retrouve pour siroter des cannettes en préparant le prochain trafic de cigarettes. Un clan suivi avec un détachement un peu complice, une légère empathie envers cette culture familiale de l’arnaque et de la mauvaise foi. C’est ce qui avait motivé les critiques des politiques, notamment, d’autant que ce feuilleton crapuleux était porté par le diffuseur public, Radio-Canada.

La diffusion, en octobre 2008, des premiers volets des Bougon français avait suscité une polémique d’un tout autre ordre: M6 avait été poursuivie, en vain, par des citoyens portant le patronyme Bougon – des vrais –, lesquels se sentaient mis en danger par un tel propos.

A l’heure du bilan, la bière goûte peu. Elle est même un peu tiède. Les auteurs français, dont Sam Karmann, talent néanmoins prometteur dans la comédie, semblent avoir été tétanisés par l’absence de scrupules de l’original. Les Français aiment vanter, de leur propre chef, leur bagout et leur caractère revêche face à l’autorité et l’administration: pourtant, leurs Bougon paraissent affadis. Une dissolution du ton, renforcée par le fait que les adaptateurs hexagonaux ont choisi le format de 52 minutes, là où les Québécois concentraient leurs histoires sur une durée deux fois moindre. La version française agglomère ainsi des pistes narratives sans les assumer.

Avec Jean-Pierre Mocky, en revanche, on passe de la Maudite au pur malt. Ou, mieux, à un bourbon moelleux, puisque le remuant réalisateur s’inspire de nouvelles des anthologies policières Alfred Hitchcock présente. Depuis jeudi, TSR2 montre chaque semaine un volet de Myster Mocky présente, une collection de fictions de 26 minutes – là, c’est bien choisi – introduites par le cinéaste en sa salle de billard. Des petits drames mûris en fûts, avec une distribution de bon augure: entre autres, Arielle Dombasle, Dominique Lavanant, Rufus, Michel Galabru, Bruno Putzulu, Dominique Pinon…

En somme, Mocky fait son Hitchcock. Il n’a pas un bataillon de scénaristes géniaux, comme en disposait naguère le maître du suspense. Et le manque de moyens pour réaliser ses historiettes de jalousie et de crime est patent. Mais face à la mousse éventée des Bougon, ce petit scotch peut se laisser siroter, grâce à son arôme à la fois badin et cruel.