THéâTRE

Le boulevard, version chantée, kitsch et sucrée

David Bauhofer transpose Labiche chez Blake Edwards avec une version chantée de «La Poudre aux yeux». Charmant, mais trop flottant

Etonnant, David Bauhofer. Lorsqu’il crée un one-man-show, il déroule à une vitesse vertigineuse une galerie de personnages rocambolesques (A tout berzingue, Les Vainqueurs). Et quand il monte une pièce de boulevard, genre qu’on attend haletant et trépidant, le metteur en scène genevois s’offre une escapade presque planante dans la comédie musicale des années 60. La Poudre aux yeux au Théâtre de Carouge, c’est une heure trente de dépaysement kitsch chanté et dansé, style Parapluies de Cherbourg. Réussi? Déconcertant, en tout cas, et personnel. Le charme prend, sans totalement évacuer l’effet de flottement.

La Poudre aux yeux, comédie d’Eugène Labiche, raconte comment deux familles petites-bourgeoises tentent de se hisser financièrement au travers des noces de leurs enfants. L’idée? Paraître plus aisées qu’elles ne le sont pour que les dots empruntent ce même ascenseur social. Loge au Théâtre des Italiens, personnel de maison exotique (Josette Chanel), repas somptueux, rien n’est trop grand pour épater la galerie. Au final, le subterfuge est découvert par le personnage le plus terre à terre, le salutaire Oncle Robert (Gaspard Boesch, joker des rôles secondaires), et les parents terribles sont renvoyés à leur inconfort relatif tandis que les tourtereaux (Daniel Leveillé et Lou Mastrangelo, adorables) s’adonnent à leur amour absolu.

Dans le théâtre de boulevard du Second Empire, l’argent est souvent le moteur de l’intrigue. Plus particulièrement, la rente, garante de sécurité pour les générations futures. D’où la pertinence de l’argument en 1861, date de la création à Paris. Aujourd’hui, le motif est moins vif et il faut trouver ailleurs la raison d’une telle production.

David Bauhofer la trouve dans l’évocation nostalgique des sixties. En convoquant en fond sonore Henry Mancini, compositeur fétiche de Blake Edwards (La Panthère rose , Breakfast at Tiffany ), et en recréant avec Audrey Vuong et Katrin Zingg intérieurs et costumes d’époque, le metteur en scène réussit ce plongeon dans le temps.

Les chansons écrites par lui et mises en musique par Jean Duperrex renforcent encore cet effet vintage et le spectacle vogue doucement sur ce parfum d’antan. L’ennui, c’est que Caroline Cons, Sybille Blanc, Pierre Aucaigne et Jean-Philippe Meyer, qui composent le quatuor de parents, passent au second plan malgré leur talent. Comme si leur seule fonction était d’animer ce tableau édulcoré. Du coup, le spectacle perd en nervosité (et aussi en nécessité) ce qu’il gagne en effet d’ensemble. Et le public, qu’on a senti déconcerté le soir de la première, ne rit qu’à moitié. Reste l’étrangeté et la singularité de cette proposition joliment surannée.

La Poudre au yeux, Théâtre de Carouge, Genève, jusqu’au 28 avril, 022 343 43 43, www.tcag.ch, 1h30.

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