Cinéma

Bourgeois cherche ennemis dans «Un nemico che ti vuole bene»

Denis Rabaglia emboîte le pas aux grands maîtres de la comédie italienne avec une satire sociale pleine d’humour noir

Né à Martigny et d’ascendance italienne, Denis Rabaglia est un réalisateur atypique, à cheval sur deux cultures. Il connaît le succès en 1993 avec Grossesse nerveuse, une comédie légère, ce qui le discrédite aux yeux d’une partie du cinéma suisse, fière de sa cérébralité. Il instille une touche de gravité dans la gaieté avec Azzurro, un mélodrame autour de l’immigration, puis lâche la bride à l’allegria dans Marcello Marcello, une comédie fraîche et colorée comme une cassata.

Après dix ans d’absence, il revient présenter sur la Piazza Grande Un nemico che ti vuole bene, une comédie noire. Par une nuit d’orage, le professeur Enzo Stefanelli (Diego Abatantuono) ramasse un homme blessé par balle. Celui-ci ne voulant pas entendre parler d’hôpital, il l’opère tant bien que mal, sous la menace d’une arme et sur la table de la cuisine. Le lendemain matin, le bandit s’est évaporé comme un mauvais rêve.

Il revient quelque temps plus tard. Il se présente, Salvatore (Antonio Folletto, qui a un petit air d’Ethan Hawke) et, pour s’acquitter de sa dette, propose à Enzo de tuer son pire ennemi. Le professeur, un éminent astrophysicien vivant dans l’aisance financière et l’harmonie familiale, décline d’autant plus vivement l’offre qu’il n’a aucun ennemi. Mais le sympathique jeune homme revient à la charge, s’incruste dans la maison, séduit tous les membres de la famille par sa bonne humeur et ses talents culinaires. Il devient même le fiancé de la fille d’Enzo.

Aspirante diva

Celui-ci, d’humeur sombre, commence à ouvrir les yeux. Et s’il avait un ennemi? Ce serait qui? Le recteur de l’université qui dilapide les fonds de la recherche en galante compagnie? Le collègue qui s’est approprié la gloire de sa grande découverte? La mamma insupportable? Son frère, curé et escroc? Sa femme qui le trompe avec son premier mari? Sa fille qui se rêve cantatrice et le ruine en vaines leçons de chant? Son fils, hautain, vénal, qui traficote sur l’ordinateur? La liste s’allonge, Enzo a soudain l’embarras du choix…

Pour Un nemico che ti vuole bene, Rabaglia a convoqué de grandes stars du cinéma transalpin (Diego Abatantuono, Sandra Milo) et les maîtres de la comédie italienne, Monicelli, Risi, Germi, Scola, tous capables de poser un regard sardonique sur la société sans abjurer la tendresse humaine. Basé sur une excellente idée, le film est toutefois desservi par un rythme un peu poussif et peine à mettre en place les personnages. Par ailleurs, l’escapade à Gstaad, tout à fait inutile, sent la servitude de coproduction. Restent de beaux paysages des Pouilles en hiver, des scènes très drôles comme l’audition de l’aspirante diva, ainsi qu’un portrait doux-acide de la famille et de la bourgeoisie.

Publicité