Ce film arrive comme un don du ciel. Il offre une chance unique à tous ceux que les images de la guerre bouleversent d'aller aux racines des choses. Car si Baril de poudre ne parle pas des trois conflits balkaniques de la décennie, il en dresse la toile de fond. Avec la liberté que seul un Serbe peut s'autoriser à l'égard de son peuple. Une liberté que l'étranger, même lorsqu'il a longuement fréquenté ce pays, ne pourrait se permettre.

Baril de poudre dit la course au bout de la nuit dans laquelle la Serbie est engagée. Paskaljevic n'explique pas – il donne à voir. On voit donc une totale confusion des valeurs, comique chez le propriétaire de la Coccinelle prêt à tout pour venger la tôle cabossée de sa chère vieille voiture, mais qui s'avère mortelle lorsqu'elle se mue en une énorme trahison gangrenant une soi-disant amitié virile. On voit la déresponsabilisation d'une société entière, sa passivité inouïe dont témoigne une magistrale scène dans un bus. A partir de là, les choses s'enchaînent: la violence dans laquelle tout bascule, la tragédie qui n'épargne personne – victimes ou bourreaux, dans un troublant renversement des rôles. Cette société est engluée dans le malheur. Le malheur subi, et qu'elle fait subir aux autres: c'est le conflit au Kosovo, évoqué à la radio. C'est la guerre en Bosnie, incarnée par cette famille de réfugiés serbes relégués dans un garage, et dont la fille berce le bébé né d'un père musulman qui est parti, «parce qu'il n'avait pas le choix».

Il ne s'agit pas d'aller voir Baril de poudre pour décider de la légitimité de l'action de l'OTAN. Mais pour éprouver soi-même la dérive d'un peuple qui est à nos portes. Ce ne sont plus «les Serbes». Mais des personnages bouleversants, filmés avec humour, avec tendresse. Des personnages qui tous, jusqu'aux salauds, sont d'une humanité telle que l'identification joue à plein. Du coup, il n'y a plus moyen de penser que ce «trou du cul du monde», comme le dit un gangster sadique et visionnaire, est sur une autre planète. Et ce cri qui traverse le film: «Qui est coupable?» résonne bien au-delà de Belgrade. Il ne s'agit pas de diluer les responsabilités. Mais de sentir que cet infini malheur balkanique nous concerne aussi.