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David Bowie en 1972, avec la combinaison à rayures de son double, Ziggy Stardust.
© Michael Ochs Archives

«Starman»

Quand Bowie était Ziggy, ou l’histoire d’un doigt tendu vers la jeunesse anglaise

En juillet 1972, l’Anglais chante «Starman» sur la BBC, dans le cadre de l’émission Top of the Pops. Ce soir-là, il investit le champ sociétal et devient une icône tant pour la jeune génération que pour de nombreux artistes et créateurs

La carrière de David Bowie est jalonnée de moments clés, de virages à 180 degrés, de chansons cultes et de renaissances inespérées. Si l’on devait dater sa naissance publique, son entrée dans les foyers britanniques alors qu’auparavant seule la jeune génération le connaissait, on retiendrait le 6 juillet 1972. Il est alors Ziggy Stardust et interprète dans le cadre de la très populaire émission musicale Top of the Pops, diffusée par la BBC, «Starman», une des plus belles chansons jamais écrites. Il arbore un look excentrique et, soudainement, les téléspectateurs le voient enlacer son guitariste, Mick Ronson, avant de lancer un foudroyant regard caméra et de pointer le doigt en direction de ceux, de l’autre côté de l’écran, qui le regardent, ébahis. «Il fallait que j’appelle quelqu’un, alors je t’ai choisi toi», chante-t-il alors.

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Pour des milliers de jeunes, le message est évident: sois qui tu es, assume-toi, fais fi des conventions. Bowie devient en trois minutes et demie un modèle, un grand frère, un dieu pop envoyé sur Terre pour faire sauter le couvercle du conservatisme ambiant. Quelques mois plus tôt, au moment de la sortie de l’album «The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders From Mars», l’Anglais s’était livré dans le Melody Maker: «Je suis homosexuel et je l’ai toujours été.»

«Sincère ou mensongère, cette confession avant tout stratégique va avoir des conséquences retentissantes», écrit son ami et biographe Jérôme Soligny dans «David Bowie» (Ed. 10/18, 2002). Le chanteur sait en effet qu’en choquant les parents, il va renforcer son statut d’icône. Mais au-delà de l’aspect marketing d’une telle déclaration, on dit plutôt généralement qu’il est bissexuel, il permet dans les années 1970 aux minorités gay et lesbienne de se sentir comprises, d’exister.

Conscient de ses effets

Ce soir du 6 juillet 1972, Bowie investit le champ sociétal, lui qui en 1971 déjà, sur la pochette de «The Man Who Sold the World», portait une robe masculine. Il n’est plus seulement une pop star, mais un modèle à suivre. Il se maquille, se déguise, se travestit et joue sur son androgynie. Il fait ce qu’il veut, sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Avec le recul, on oublie à quel point son côté «alien» était, quelques années après la séparation des sages Beatles, une anormalité. Alors que l’époque est à la conquête spatiale – qu’il avait à sa manière célébrée dans «Space Oddity» – et aux avancées technologiques, il dit que c’est au plus profond de soi-même qu’il faut aller chercher des réponses.

Ce qu’on aurait peut-être tendance à oublier au moment de célébrer sa mémoire, c’est que Bowie a toujours été conscient de ses effets. Il n’a jamais rien fait par hasard. Même mourir, serait-on tenté de dire. Au début des années 1960, lorsqu’il quitte la banlieue londonienne pour s’installer au cœur de la capitale, il est bien décidé, en marge d’un emploi dans la pub, à réussir. C’est ce qui frappait en découvrant il y a trois ans l’exposition «David Bowie is» que lui consacrait le Victoria & Albert Museum – expo qui a depuis tourné à travers le monde et s’est notamment arrêtée à Paris. Alors que certains groupes et artistes sont simplement arrivés au bon moment, signant le disque que le public semblait attendre, Bowie, avec son volontarisme à toute épreuve, a toujours tout fait pour créer ce moment, forcer le destin. Il n’a pas réussi parce qu’il était dans l’air du temps, il a en quelque sorte anticipé le temps, a forcé son destin. Alors qu’à 20 ans ses amis sortent arpenter le swinging London, il reste enfermé chez lui à lire des livres et à enregistrer artisanalement des ébauches de morceaux, allant même jusqu’à créer lui-même costumes, affiches et autres flyers.

Son passage à Top of the Pops, qui reste un grand moment de télévision, a été, on peut en être sûr, savamment orchestré. Ce doigt pointé sur la caméra, qui l’a fait entrer dans la légende, il l’avait planifié. Car il savait que ce simple geste lui permettrait, en même temps que de gagner de nouveaux fans, d’attirer sur lui les regards de nombreux créateurs et artistes. D’entrer dans le champ de la création contemporaine, d’être plus qu’un simple chanteur.

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