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Pour Joseph Incardona, la boxe, comme l’écriture, sont affaire d’endurance et de pugnacité.
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La boxe, le sport aimé des écrivains

Et si la boxe était une école d’écriture? Joseph Incardona évoque les valeurs du «noble art» à propos de «Poings», une histoire de ring et de rédemption

Son nom était pourtant taillé pour le ring et pour la gloire: Frankie Malone… Quand on le découvre dans Les Poings, microfiction de Joseph Incardona, le personnage s’est déjà bien éloigné de son destin. Frankie Malone vit dans une caravane mal adaptée aux hivers du Nebraska. Il empile les cannettes de bière vides, lorgne d’un peu trop près les danseuses de strip clubs et noie sa solitude dans la graisse de friture. Parfois, l’ancien champion serre encore son poing: c’est lorsqu’il s’accroche au combiné qui sonne en vain chez son ex-femme, partie avec leur fille après le coup de trop.

Contraint d’affronter deux ennemis

Mais un matin, poussé par l’énergie du désespoir, Frankie Malone décide de renfiler ses gants. Il annonce la nouvelle à Bugsy Quinn, l’entraîneur qui coache à main nue, jamais avare d’injonctions abrasives. Perdre 12 kilos, arrêter de fumer, renoncer aux liqueurs et aux rades interlopes – la survie et l’estime de soi valent bien quelques ajustements. Sauf que Frankie Malone fait partie de ces athlètes aux âmes noires, toujours contraints d’affronter deux ennemis: leur adversaire sur le ring et leurs propres démons, qui sont souvent les plus coriaces.

Après Chaleur, un roman noir dont les pages ruisselaient dans l’espace confiné du Championnat du monde de sauna, Joseph Incardona fait à nouveau suer ses personnages, comme si seul l’essorage des corps conduisait à la rédemption. De Jack London à Hemingway en passant par Joyce Carol Oates, le théâtre tragique du ring a toujours fasciné les écrivains. Joseph Incardona s’est penché sur cette obsession fertile.

Le Temps: Les chapitres de «Poings», très concentrés, s’enchaînent comme les rounds dans un combat. Est-ce un hasard?

Joseph Incardona: Non, en effet. Comme sur le ring, mes personnages se révèlent davantage par ce qu’ils font que par ce qu’ils pensent. C’est une écriture behavioriste, où chaque action fait avancer l’histoire.

– Vous êtes boxeur. Quel parallèle faites-vous entre l’écriture et la pratique de ce sport?

– Je vois une forme d’analogie possible avec l’exercice de la poire, ce petit sac de frappe qu’on utilise pour se muscler les bras. Il faut une certaine patience pour en maîtriser la cadence. Pour écrire – acte physique également – c’est pareil. On doit trouver son rythme avant de pouvoir progresser avec une certaine nonchalance. La boxe, comme l’écriture, est affaire d’endurance et de pugnacité.

– Plus que n’importe quel autre sport, la boxe inspire la fiction. Comment l’expliquez-vous?

– La boxe vient des milieux populaires et c’est un univers lié à des mondes interlopes. Les bookmakers, la pègre, la prostitution, la nuit, le jazz… Savez-vous que Miles Davis était fou de boxe? Je crois aussi que ce sport est un condensé de vie. Sur le ring, on ne triche pas. L’issue est toujours incertaine, le dénouement se joue très vite et sous nos yeux. Il y a une unité de temps et d’action, à la manière des tragédies grecques. C’est très intense: à la douleur psychologique de la défaite s’ajoute la douleur physique des coups portés. Et parce que c’est un sport très difficile, ceux qui s’en sortent ont souvent des destins hors norme. Tout cela donne matière à fiction…



Joseph Incardona, «Les Poings», BSN Press, 72 p.

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