DVD

Brad Pitt marque des points mais ne réussit pas le home run des Oscars

«Le Stratège», de Bennett Miller

Genre: DVD
Qui ? Bennett Miller (2011)
Titre: Le Stratège
Moneyball
Chez qui ? Sony Pictures

En février, Jean Dujardin a remporté l’Oscar du meilleur acteur devant George Clooney, et d’autres nominés déjà oubliés, car la gloire est une denrée périssable. Le premier des viennent-ensuite n’est toutefois pas complètement inconnu, puisqu’il s’agit du mari d’Angelina Jolie: Brad Pitt.

Le film dans lequel il a brillé d’un éclat particulier l’an dernier s’intitule Le Stratège, et il sort directement en DVD. Avant de jeter la pierre aux distributeurs, il faut savoir que l’œuvre se déroule dans le milieu du base-ball.

En se concentrant, un Européen peut saisir les finesses du caucus de l’Iowa. En cas de crise d’hypoglycémie, il peut s’intéresser à la slide guitar, voire au doughnut à la crème de banane. Mais le base-ball… C’est comme assister à une querelle théologique aztèque sans les sous-titres. C’est le mystère américain ultime.

Ce sport, qui a imposé le port de sa casquette ridicule à 90% de la population mondiale, oppose deux équipes de neuf joueurs. Il y est question de strike, de base, de marbre, de battes… Les joueurs passent de longs moments d’oisiveté maussade, puis courent comme des dératés. L’un d’eux prend une posture évoquant celle du Road Runner avant qu’il ne se mette à galoper et lance une balle vers deux comparses, l’un armé d’un gourdin, l’autre muni d’un gant de cuir géant…

Parfois, il y a un home run, et alors c’est l’extase. Quelque chose comme le trille de la Reine de la Nuit. Un orgasme collectif. Il paraît qu’il y a même des back-to-back-to-back home runs, mais nous nous écartons du sujet…

Brad Pitt tient le rôle de Billy Beane, directeur général des A’s d’Oakland. En 2001, l’équipe vient d’être dépouillée de ses trois meilleurs joueurs (Damon, Giambi et Irsringhausen, pour ceux qui auraient oublié) et n’a pas les moyens de se payer des stars de remplacement. Comment gagner les World Series? Billy tombe sur Peter Brand (Jonah Hill, spécialiste des rôles de puceau grassouillet et de poussah pervers), diplômé en économie de Yale, qui applique la science statistique au base-ball. Il inventorie les performances de tous les joueurs de toutes les équipes, les introduit dans son ordinateur et conclut qu’on peut gagner avec des seconds couteaux judicieusement utilisés plutôt qu’avec de coûteuses vedettes.

Cette théorie peine à passer auprès des vieux briscards du circuit et de l’entraîneur, Art Howe (Philip Seymour Hoffman, glaçant avec sa boule à zéro et son regard flétrissant). Pourtant, la stratégie hétérodoxe prônée par les réformateurs s’avère payante: les bras cassés, mous du genou et pieds plats qu’on a recrutés à des salaires décents unissent leurs forces pour faire des étincelles.

Le Stratège (Moneyball en v.o., car le nerf de la guerre garantit aussi l’élasticité de la balle) est un film en demi-teinte qui reconduit certains traits de la success story hollywoodienne pour en récuser d’autres. Les A’s ont accumulé les succès mais n’ont jamais fini premiers.

Le film ose un coup d’œil sur les coulisses mercantiles du base-ball et conjure toute tentation glamour. On passe plus de temps dans des bureaux borgnes, des sous-sols gris, des vestiaires sinistres que sur le terrain. On ne voit pas les matches, à peine quelques extraits cadrés serrés.

Et lorsqu’arrive le home run indissociable de tout film de base-ball, c’est sur un écran miniature qu’on le découvre. Comble d’ironie, le joueur qui a réussi à frapper cette balle magique ne s’est pas même rendu compte de son exploit… Ces litotes inscrivent Le Stratège aux antipodes d’un film comme Le Meilleur, de Barry ­Levinson, dans lequel Robert Redford incarne un batteur de légende, qui réussit le home run des home runs en envoyant sa balle dans les étoiles – ou presque…

Réalisé par Bennett Miller (auteur de l’admirable Truman Capote), Le Stratège a des allures de film crypto-communiste, puisqu’il dénonce le culte de la personnalité et les cachets exorbitants pour faire l’apologie de l’effort collectif. Quant à Billy Beane, il a refusé un salaire annuel de 12,5 millions de dollars pour diriger les Red Sox de Boston.

Passionné, fébrile, bouillant, Brad Pitt est très bon dans le rôle du boss des A’s. Mais il n’a pas le charme de Jean Dujardin – ni même celui de George Clooney.

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Billy Beane

Directeur général des A’s d’Oakland

«Avoir trop de bons joueurs ne m’apparaît pas comme un problème»
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