Genre: roman
Qui ? Pascal Guillet
Titre: Branta bernicla
Chez qui ? Verticales, 198 p.

La semaine d’un trader de Londres, comme si vous y étiez, du lundi au vendredi. Le week-end, c’est pool party à Las Vegas. Mais Branta bernicla, le premier roman de Pascal Guillet, s’arrête juste avant. En guise d’avertissement, l’auteur précise bien que les personnages et les situations du récit sont imaginaires. Et il poursuit, sur le ton qui sera celui du roman: «Fort heureusement. Toute ressemblance avec des personnages ou situations existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Cela ne se passe pas ainsi. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien.»

Simon, le narrateur, est un jeune trader français, en poste à Londres, qui pose un regard d’outsider sur le milieu dans lequel il travaille. La tension du roman repose sur un conflit intérieur, qu’il tient à bonne distance mais qui ressurgit parfois comme un ­eczéma, entre sa lucidité sur le jeu de dupes auquel il participe et son sens de l’intégrité. Attention, pas de roman moraliste ici. Simon en est, il veut y rester, le doute le chicane parfois, mais la pool party est censée laver ça, en général. Et on en parle plus. La tension réside bien dans cette frontière, difficile à tenir, «jusqu’où j’en suis?». Simon danse sur cette ligne. «J’ai entendu dire ici et là que l’on ne vivait qu’une seule fois, alors j’en profite et puis c’est tout.»

Ce que le romancier dépeint à travers Simon, à travers son humour surtout, c’est le décalage immense entre l’aura des décisions prises dans les bureaux de trading et l’ignorance et la fatuité qui les voient naître. Le jeu de dupes réside là. «La vérité, c’est que personne ne sait rien», annonce Simon dès les premières pages. Ce qui n’empêche pas la poésie. Simon s’occupe du brent, le pétrole de la mer du Nord. Un nom qui vient de branta bernicla, nom latin d’une oie sauvage.