L’honneur fut posthume. Dimanche dernier, les Golden Globes, distinctions de la presse étrangère à Hollywood pour le cinéma et les séries, ont consacré la comédie American Bluff ainsi que 12 Years a slave sur le grand écran, et Breaking Bad dans la catégorie des séries dramatiques. Distinction renforcée par la remise d’une statuette à l’acteur principal, Bryan Cranston, qui interprète le personnage de Walter White.

Enfin, ont salué, unanimes, les sériephiles: en cinq saisons, dont une dernière en deux parties, diffusée en décembre par Arte, la fiction de Vince Gilligan n’avait jamais été couronnée, ce qui devenait incompréhensible, et indéfendable, au fil des années. L’histoire de Walter White, un petit prof de chimie du Nouveau-Mexique atteint d’un cancer, qui se met à fabriquer de la méthamphétamine pour subvenir aux besoins de la famille, et qui entre de plain-pied dans le milieu, a en outre longtemps été boudée par les Emmy, ce qui est pire. Car ces derniers, Oscars de la TV, sont remis par l’Académie de la télévision, donc par les professionnels de la profession. Ils ont finalement couronné les brutales aventures d’Albuquerque en septembre dernier.

Non sans opportunisme, j’en profite à mon tour pour souligner une dernière fois l’extraordinaire parcours qu’a été Breaking Bad, d’autant qu’il s’achève avec la sortie de l’intégrale en DVD ces derniers jours. On a souvent loué le projet de Vince Gilligan pour son audace thématique, sa brutalité dans la description du milieu, et surtout sa hardiesse (im)morale, cette manière de prendre le plus anodin des citoyens pour en faire une machine à transgresser (à tuer, parfois) à laquelle on continue de s’attacher. La performance de Bryan Cranston y est pour beaucoup. Ces faits saillants de Breaking Bad ont été largement loués. Ajoutons, sur un plan plus particulier aux mutations narratives des séries ces années passées, le pari de la lenteur. Sur ce point, Vince Gilligan et ses auteurs se sont placés sous l’autorité de David Chase et ses Soprano. Ces fictions ont instauré une narration d’une précision parfois déconcertante, et dans le cas de Walter White et ses proches, en jouant sur la torpeur d’un Sud américain écrasé pas le soleil bas. Une manière de raconter purement liée au format et à la structure de la fiction TV s’est consolidée, et Breaking Bad y a contribué. La série sera encore en lice pour les Emmy en septembre prochain, pour son chapitre final. Qui sait, peut-être y recevra-t-elle un ultime hommage.