L'épreuve du cercle, c'est ce terrible jugement censé départager une mère adoptitive – une mère de cœur – et une mère de sang, chacune devant tirer par un bras l'enfant qu'elles se disputent pour le faire sortir du cercle. Histoire biblique, mais aussi brechtienne (Brecht s'est lui-même inspiré du Chinois Li Hsing Tao), que le Théâtre Archimage, de Moulins, a créé en 1994, selon sa tradition, c'est-à-dire en mêlant marionnettes et jeu d'acteurs.

Le décor est bel et bien un cercle: un vaste plan plus ou moins incliné, tel un paysage de champs vu du ciel, et dont chaque rectangle est une lucarne d'où sortira peut-être une marionnette. Interprété par Guy Juttard (également scénographe et constructeur des poupées), Laurette Faber (qui chante aussi ses propres refrains) et Chantal Péninon (qui signe le texte, très efficace et non sans subtilité). En imperméables brechtiens, les trois acteurs-marionnettistes mènent la représentation tambour battant: au rythme de la guerre, des fuites et des renversements de gouvernement.

Peut-être le rythme pourrait-il se calmer pour marquer les grands moments d'intensité dramatique. Et peut-être les marionnettes sont-elles un peu fades pour supporter le jeu très expressif des comédiens. Mais ce ne sont là que des bémols. Le spectacle est d'une clarté qui le rend tout à fait compréhensible par les enfants (dès huit ans). Ainsi, même si la priorité est donnée aux deux grands thèmes que sont l'amour maternel et la justice, d'autres sont également bien évoqués, comme les rapports de classe, le pouvoir ou encore la guerre: oh, la juste violence de cette scène où des marionnettes de soldats sont éjectées du décor tels des chiffons morts!

«L'Épreuve du cercle», aux Marionnettes de Genève, rue Rodo 3, rés. obligatoire au 022/418 47 70.

Sa 17 et di 18 février à 17h.