Pour devenir ou rester mythique, il faut savoir mourir. Etre bref. La micro-série de Canal + – 82 épisodes de deux minutes environ – «Bref» donc, s’est arrêtée il y a peu, moins d’un an après son lancement. Présentée trois fois par semaine en clair sur la chaîne cryptée et accessible via Internet, elle a immédiatement trouvé son public, qui se consolera désormais avec une application pour téléphones portables et tablettes numériques. On y retrouve 39 épisodes. Un aperçu de la vie du personnage joué par Kyan Khojandi, un type normal – c’est à la mode en France –, limite loser. Un type qui peine à monter un meuble Ikea, joue à la console, drague comme un manche et se souvient avec émotion du temps où l’on remontait les cassettes grâce à un stylo. Un type qui raconte son morne quotidien – «J’ai fait une soirée déguisée», «J’ai pris le métro», «J’ai passé un coup de fil» – avec la finesse et l’humour des grands observateurs. Un type qui parle vite et enchaîne les propos rapportés: «Elle m’a dit», «Je lui ai dit», «Elle m’a dit». Bref, un type attachant. Mi-juillet pourtant, les créateurs de la série, Kyan Khojandi, Bruno Muschio et Harry Tordjman ont annoncé la fin, craignant de «faire la saison de trop». «Notre leitmotiv depuis le début était de surprendre […] et nous avons maintenant l’intime conviction que le dessin est fini et qu’il serait dommage de colorier la table.»

La série est morte, vive l’application. Elle permet aussi de se glisser dans l’iPhone du personnage. Défilent ses photos: son père, sa «nana», son «plan cul», ses bricolages réalisés en bouchons de champagne. Ses messages: insultes de Marla, excuses de son colocataire ou tentative d’approche d’une fille post-it. Son répertoire même, que nous avons testé; la messagerie Orange de son copain Baptiste déborde, le téléphone de sa «maman» sonne une dizaine de coups avant de bifurquer sur un répondeur. Quelques répliques-cultes encore et un catalogue des publicités croisées au fil des épisodes. Bref, une chouette application.