A São Paulo, dans une salle de musée, la foule défile devant un manuscrit surveillé par un garde armé. Elle vient contempler religieusement l'acte de naissance du Brésil, la lettre qui annonce au roi du Portugal la découverte d'une nouvelle terre, à la fin du mois d'avril 1500. Comment un pays peut-il être sûr de sa propre existence? Et comment peut-il s'assurer qu'il existe aux yeux des autres?

Les Brésiliens ont décidé de fêter le demi-millénaire de leur pays avec une exposition d'arts visuels formidable, peut-être la plus grande jamais organisée: plus de 50 000 m2, plus de 15 000 œuvres, un voyage qui remonte jusqu'à la préhistoire et qui s'achève avec les installations des artistes contemporains. Ils l'ont appelée la Mostra do descobrimento (l'exposition de la redécouverte). Au moment où l'exposition universelle de Hanovre échoue, et puisqu'il reste encore quelques instants disponibles pour réfléchir avant 2002 au sens de notre exposition nationale, autrement qu'en termes d'intendance, l'exemple brésilien mérite d'être médité.

Le Brésil a donc choisi l'art pour parler de lui-même et se demander qui il est. Il a décidé de lancer une opération coûteuse pour un pays qui connaît l'extrême pauvreté. Il a réussi à financer plus de 95% du budget de sa manifestation grâce aux entreprises privées. Il aurait pu se donner le spectacle de sa puissance économique (elle existe), de ses paysages (ils sont prodigieux), de son architecture (l'une des plus actives du monde) et, pourquoi pas, de son football. Il aurait pu se pencher sur son écologie, sa morale, son avenir, ses projets, donc sa culture… Il a simplement rassemblé ce que les artistes lui ont laissé en partage depuis que des hommes vivent sur son territoire: les œuvres d'art, ces objets élaborés par quelques-uns au nom de la communauté humaine. Et il a ainsi offert à des milliers et des milliers de visiteurs, qu'ils soient Brésiliens ou non, le bonheur et la fierté d'appartenir à l'humanité.