C’étaient les années 1980, dans une Amérique urbaine, permissive et libertine, dont Bret Easton Ellis allait devenir l’icône déjantée, à 20 ans et des poussières, après avoir publié Moins que zéro et American Psycho. Deux tableaux hyper-réalistes des vanités de l’époque: les golden boys cousus de dollars, les trentenaires arrogants en costumes Armani, la jeunesse désabusée, le règne de la frivolité généralisée, les nuits blanches, le sexe sans amour, la dictature du paraître, l’hyper-classe dopée à la cocaïne.

Cette décennie somnambulique, l’écrivain de Los Angeles l’aura mise en scène jusqu’à la nausée, à la fois acteur consentant et peintre attentif de cette génération aux abois. Mais depuis Suite(s) impériale(s) – paru en 2010 chez Robert Laffont –, Bret Easton Ellis a totalement abandonné le roman, prétendant vouloir en finir avec ce genre littéraire devenu ringard à ses yeux, à cause du tsunami internet. Il ne semble pourtant pas avoir remisé sa réputation de trublion en publiant aujourd’hui un recueil de réflexions sulfureuses, un mélange de confessions et d’instantanés caustiques sur le devenir de son pays. Résultat: son livre est un brûlot, une charge contre les ravages du «politiquement correct» à l’américaine. Titre original: White Privileged Male, atténué en White par l’éditeur new-yorkais de Bret Easton Ellis, dans une société où «le mâle blanc privilégié» est désormais tenu en piètre estime.