Le Temps: Vous avez fait une visite au Festival de Locarno. Ressemble-t-il encore à celui que vous dirigiez dans les années 70?

Moritz de Hadeln: D'apparence, rien n'a changé: lorsque j'étais directeur, j'ai inauguré la Piazza Grande. Mais, à l'épo-que, je devais faire le festival avec 650 000 francs. Aujourd'hui, la nouvelle directrice, a un budget de 9,3 millions. Je crois que ces chiffres montrent où se situe la différence!

– Aujourd'hui vous dirigez la Mostra de Venise, ce qui fait de vous le seul homme à avoir vécu, à Locarno puis à Venise, la concurrence entre les deux festivals.

– Je n'aime pas le mot concurrence. D'autant que j'ai d'excellents rapports avec Irene Bignardi. Cela dit, et Irene le dit elle-même, le prestige, la réputation et l'ancienneté de Venise confrontent Locarno à des difficultés de programmation.

– Il n'y aurait donc pas de bataille entre Locarno et Venise. Ces festivals italophones ne sont séparés que de quelques semaines: Locarno se termine le 11 août et Venise commence le 29. Cette situation ne pose-t-elle pas de problème pour la sélection des films italiens?

– Les producteurs et distributeurs italiens donnent le premier choix à Venise. La concurrence entre Locarno et Venise est une invention. Je suis désolé de vous couper l'herbe sous les pieds en relativisant les grandes phrases qu'on peut lire dans la presse. Il y a une vraie solidarité entre directeurs de grands festivals.

– Certains cinéastes italiens voulaient boycotter la Mostra cette année suite à l'éviction de votre prédécesseur, Alberto Barbera. N'avez-vous pas ressenti les effets de cette menace?

– Pas du tout. Le milieu du cinéma italien me connaît depuis longtemps. Les cinéastes savent que je ne me laisse pas influencer. Que certains, dont je fais partie, regrettent la manière dont Alberto Barbera a été mis de côté en début d'année, c'est la moindre des choses. Mais les réalisateurs italiens ne considèrent pas que j'ai volé sa place.

– Qu'est-ce qui vous a motivé a accepté la direction de la Mostra?

– J'ai eu cinq jours pour me décider. Le 16 mars, on m'a proposé le poste. Il est apparu que si la commission ne nommait pas quelqu'un avant sa séance du 21 mars, la Mostra serait annulée cette année. J'ai donc voulu sauver l'essentiel. Je me suis inquiété du climat politique italien et j'ai obtenu la garantie de mon indépendance.