Le Temps: Avec Vincent Barras, Alain Berset et Sebastian Dicenaire, vous avez fondé Roaratorio. Que signifie ce nom? Et aussi le titre de cette année: «Poésie.0?»?

Heike Fiedler: Roaratorio est le titre, un hommage à John Cage; il y a le rugissement et l'oratorio: c'est la poésie sonore! Quant à Poésie.0?, c'est une façon de décloisonner. Beaucoup d'auteurs n'aiment pas être enfermés dans une seule catégorie, même floue.

– Cette année, vous avez choisi six auteurs francophones. Ont-ils autre chose en commun que la langue?

– Ils s'expriment tous en français mais pour plusieurs, il s'agit d'une deuxième langue. La Hongroise Katalyn Molnár écrit dans une transcription phonétique, l'«ekri dlavoi». Abderrazak Sahli vit à Hammamet, en Tunisie; peintre et écrivain, il crée des pictogrammes qui traduisent des mots dans une langue à lui, à base d'arabe avec des interférences du français. Son travail correspond assez à ma définition de la poésie sonore: des sons dépourvus de sens avec lesquels l'auditeur crée sa propre signification.

– D'autres invités tiennent un discours directement compréhensible comme les Français Nathalie Quintane ou Charles Pennequin, tous deux publiés par P.O.L par ailleurs. Quelle est leur place dans cette soirée?

– Quintane construit ses livres de manière non linéaire, et même si ses poèmes peuvent être lus sur papier, la performance en public leur convient bien. Tout comme Pennequin, auteur de Bibi: ses enchaînements se prêtent à être entendus; dans nos oreilles, le sens se défait en onomatopées. Il y a une fusion entre lui et les mots qui met en question et affirme en même temps l'existence de l'auteur. Quant aux deux auteurs belges, qu'ils lisent séparément ou ensemble, il se dégage d'eux un humour qui renouvelle la manière d'un Verheggen.

– «Forcer la langue», c'est le thème de cette soirée. En quoi?

– Il y a l'idée de l'appropriation d'une langue étrangère et aussi celle de l'entraînement physique que demande la rapidité de la performance.

«Poésie.0?», au Festival de la Bâtie, Casino-Théâtre, rue de Carouge 42, le 31 août à 20 h.

Rens: www.batie. ch.