Le Temps: Vous proposez 24 concerts dont certains seront donnés à plusieurs reprises. Quelle est la flamme qui vous anime?

Valentin Reymond: Beaucoup des pièces programmées sont de vieux rêves. L'an passé, nous avions éclairé l'engagement politico-social des compositeurs. Cette fois, ce sont des univers plus intimes qui sont dévoilés. Viennent ensuite les artistes. Mais le marketing a bouleversé les choses. Ça me gêne quand je vois le nom d'un interprète en grosses lettres et celui de Beethoven en petit.

– Vous parlez d'un lieu où les arts vivants renouent avec les fondements communautaires. Qu'est-ce que ça veut dire?

– Il y a un rêve derrière cela. En 1991, j'ai fait la connaissance de Bernard Soguel, alors président du site de Cernier. Il m'a confié un mandat: bâtir quelque chose qui marierait nature et culture. Au départ, le 98% du public ne fréquentait pas les salles de concert. Puis les mélomanes sont venus se greffer, ce qui fait que toutes sortes de communautés participent aujourd'hui aux Jardins Musicaux. J'ai toujours eu en tête le Festival d'Aldeburgh que fonda Britten en Angleterre.

– Vous avez l'habitude de faire jouer des œuvres méconnues du XXe siècle. Y a-t-il une parenté entre les deux opéras que mettra en scène François Rochaix?

– Oui, dans la mesure où ce sont deux histoires de couples. Bernstein a composé Trouble in Tahiti pendant son voyage de noces. C'est une pièce drôle et méchante, qui n'a pas eu de succès mais qu'il a intégrée plus tard dans A Quiet Place qui raconte l'histoire d'un couple américain moyen qui n'a plus rien à se dire. Sâvitri est un opéra de Holst inspiré d'un épisode du Mahâbhârata, d'après la mythologie indienne. Le mari est un roi déchu condamné à se réfugier dans les bois. Selon une prédiction, il n'a plus qu'un an à vivre. Sa femme réussit à déjouer les plans de Mort, même si ce n'est qu'un sursis…

– D'autres concerts vous tiennent à cœur?

– Celui des deux accordéonistes James Crabb et Geir Draugsvoll. Je suis sûr que Stravinski aurait adoré leur transcription de Petrouchka de Stravinski: aucune parcelle de vulgarité. Sinon, le Sixième Livre de Madrigaux de Gesualdo, Le Chant de la Terre transcrit par Schönberg ou le duo bâlois Stimmhorn.

Les Jardins Musicaux, Grange aux concerts, site de Cernier (NE). Du 21 au 31août. «Trouble in Tahiti», ce soir à 20h30. Loc. 032/853 86 01. Internet: www.jardinsmusicaux.operadene.ch.