Il y a cette scène extrême et si puissante, aux deux tiers environ de Brexit: The Uncivil War. On est à quelques semaines du vote sur le divorce de la Grande-Bretagne d’avec l’UE. Les partisans du maintien, du remain, deviennent nerveux, ils sentent qu’ils perdent l’avantage. Durant une énième réunion de personnes ordinaires utilisées comme échantillons des sensibilités, le responsable de la campagne, excédé, fait irruption dans le panel et apostrophe ces citoyens sans nom, ce qui viole tous les protocoles. Le ton monte, on s’invective, on se traite de racistes ou de naïfs.

Une femme sans maquillage craque, elle se lève, crie et pleure en même temps, en disant à quel point elle n’en peut plus de n’être rien, de ne compter pour personne, de n’être entendue par personne. Des années de frustration d’une citoyenneté vide, d’efforts pour joindre les deux bouts, dans un pays où l’on se sent de plus en plus étranger – sans même parler, à ce niveau, d’immigration. Cette scène résume un drame contemporain, cette constante impression de perdre pied qui mine à la fois les populations et les démocraties.