Le communiqué de la Fondation Moret définit l'artiste qu'elle expose actuellement, le Fribourgeois Ivo Vonlanthen, né en 1959, comme «peintre et voyageur, occupé à une certaine approche de la nature». Pour compléter, disons que cette approche très zen privilégie les menus détails, précisément les brins d'herbe et les effets des souffles de vent sur eux. La trentaine d'œuvres accrochées aux cimaises de la fondation se répartissent entre deux titres, Vents fragiles et Ecritures. Le mot herbe a été évacué, au profit d'appellations qui pointent une volonté d'abstraction ou du moins de distanciation.

Par rapport aux peintures exposées en l'an 2000 au Musée d'art et d'histoire de Fribourg, les aquarelles sur papier de riz, les quelques peintures à l'acrylique sur toile et les eaux-fortes présentées à Martigny sont allégées, décantées. On nous dit que l'artiste s'est rendu au Canada, en Amazonie et en Inde. C'est le premier pays qui semble le mieux correspondre aux Vents fragiles: les brindilles suggérées paraissent en effet rares et figées par le gel, les teintes restent froides, un jaune pâle, un vert non moins pâle, un bleu céleste.

La beauté de la pureté

Dans les «papiers», le support boit la couleur, épaississant un peu le trait; le vide (nous parlions d'un art zen) reste important, prédominant. Les toiles , très pures et belles elles aussi, permettent à ce vide de vibrer, on y sent littéralement le vent souffler, rendu au moyen d'un blanc cassé, où s'inscrit le mouvement de la main. Formé à l'Ecole d'art de Lucerne, Ivo Vonlanthen anime un atelier de peinture pour personnes handicapées mentales (CREHAM). C'est dire que l'espèce de philosophie du vide que semble courtiser sa peinture n'est pas bâtie sur du vide, justement, mais sur l'expérience double et vivante des voyages et d'un métier social.

«Ivo Vonlanthen. Peintures, papiers». Fondation Louis Moret

(Barrières 33, Martigny, tél. 027/722 23 47). Ma-di 14-18h. Jusqu'au 8 avril.