Jeffrey Eugenides, Jonathan Franzen, Rick Moody, Donald Antrim. C'est la squadra des quadras, un petit cénacle d'auteurs qui viennent de milieux aisés, vivent à New York, se fréquentent, s'épaulent et écrivent sur les mêmes thèmes. Leur style? Un réalisme à l'allure très classique, très clean, même si c'est le Diable qui mène le bal. Leur sujet de prédilection? La famille américaine, un microcosme passablement perturbé où se cristallisent toutes les contradictions, toutes les folies, toutes les frustrations du macrocosme social. Nous voici donc de nouveau chez le vieil Œdipe, en compagnie de romanciers nés il y a quarante ans, lorsque la belle bannière de l'Amérique commençait à se déchirer. C'est Franzen qui a ouvert le feu en signant ses célébrissimes Corrections, où le krach d'une famille de la middle class s'orchestre crescendo, avec papa-maman dans le rôle des victimes expiatoires. De son côté, Donald Antrim (Les Cent Frères) a posé son zoom sur les mêmes dérèglements, mais en prenant le parti de la bouffonnerie ubuesque. Et puis Jeffrey Eugenides (Middlesex) est venu à son tour faire des pirouettes freudo-balzaciennes sur l'arbre généalogique d'un clan dont il évoque les incroyables tribulations, sur fond de parasitage sexuel – son héros est un hermaphrodite. Quant au quatrième larron, Rick Moody, il a écrit le magistral Purple America: mêlant psychodrame familial et déroute affective, ce roman est une description hallucinante de la débâcle des utopies dans une Amérique parano qui se saborde et s'offre le spectacle de sa propre immolation, sur écran géant. En attendant la «correction» divine.