Dédiée à l’ensemble, de qualité muséale, réuni par un collectionneur de Hong Kong, Dong Bo Zhai, la nouvelle exposition de la Fondation Baur couvre des époques différentes de l’histoire de la Chine, de la dynastie des Shang, du XVIe au XIe siècle avant notre ère, à la dynastie des Han et jusqu’au XVIIIe siècle en ce qui concerne l’orfèvrerie.

Tant les bronzes archaïques que les parures en or travaillées avec une extrême virtuosité témoignent de la richesse décorative et stylistique mise en œuvre par les artisans chinois. La finesse des décors frappe particulièrement en ce qui concerne les bronzes réalisés en des temps reculés: on se dit que le sens esthétique représente le lien entre l’homme du deuxième millénaire avant notre ère et l’homme d’aujourd’hui, au troisième millénaire.

L’art du bronze a été une fierté de la Chine antique; les techniques mises au point ont permis de réaliser des pièces lourdes et imposantes, récipients rituels, vases, tripodes ou tétrapodes, porteurs de figures animales sur fond de spirales anguleuses et d’inscriptions sommaires. L’alliance de ces décors ciselés et d’une patine épaisse qui atteste l’ancienneté de ces objets les rend plus émouvants encore.

Le motif du taotie, masque animalier fantastique aux yeux globuleux, se retrouve d’une pièce à l’autre. Ensuite viennent les Zhou, qui tendent à simplifier l’ornementation dans leur production de mobilier funéraire, ornementation rehaussée d’éléments en haut relief. La vaisselle exposée était destinée aux offrandes de nourriture; les circonvolutions de dragons et d’oiseaux se combinent avec de savants agencements rubanés.

Deux ensembles de carillons s’offrent à la mailloche (en Extrême-Orient, les cloches sont dépourvues de battant, on doit les frapper pour éveiller leur sonorité, sonorité fondamentale pour chaque cloche et harmonique en fonction de l’endroit de la frappe), du moins virtuellement: suspendus, du plus grand au plus petit, ces objets en bronze sont naturellement si anciens qu’il est interdit au visiteur de les toucher!

Après les Zhou de l’Est et de l’Ouest, la période joliment nommée «des Printemps et Automnes» et notamment le luxe mis en œuvre par les Royaumes combattants rivaux, on assiste à la naissance d’un art impérial, consécutif à l’unification du pays par Qin Shihuangdi en 221 av. J.-C. Le glissement des mentalités fait qu’on attache désormais moins d’importance au bronze qu’à l’or et à l’argent, et aux pierres précieuses telles que le rubis et le saphir, tandis que le jade bénéficie toujours de sa rareté, de ses nuances chromatiques et de sa dureté, qui rend possible une taille fine et précise.

Et les dynasties se succèdent, les Han, les Tang, les Song, et l’usage de l’orfèvrerie se démocratise dans une certaine mesure, tandis que la vaisselle d’or reste l’apanage de la famille impériale, et la productions des orfèvres, sous les Ming, gagne en richesse et en complexité, notamment dans le domaine des bijoux: épingles à cheveux très élaborées, en forme d’oiseau ou de dragon, longues boucles d’oreilles et diadèmes chatoyants.

Apparaissent alors ces corbeilles de fleurs et de fruits surchargées, destinées à condenser et pérenniser l’art et la poésie des jardins. Les incroyables filigranes séduiront les amateurs de prouesses techniques, tandis que les amateurs d’une plus grande simplicité se consoleront à la pensée que ces objets offerts en guise de porte-bonheur ornaient l’intimité des (riches) foyers, traduction précieuse des incessants changements de la nature et de ses visages éphémères…

En dehors de ce parcours logique et cohérent, traversée des arts de la Chine au fil de son histoire, la présence d’un Bouddha de marbre blanc, debout, une main levée en signe de bienvenue et de confiance, l’autre déversant ses bienfaits, évoque l’apogée de la statuaire bouddhique au VIe siècle.

Les traces de polychromie, l’ombre d’une moustache en particulier, surprendront les habitués des traits purs des représentations les plus connues du Bouddha.

Chine de bronze et d’or. Fondation Baur, Musée des arts d’Extrême-Orient (rue Munier-Romilly 8, Genève, 022 704 32 82). Ma-di 14-18h. Jusqu’au 1er avril.