Sans doute inspiré par le soleil tessinois, il commence par jeter une phrase en… portugais. «Cinq ans avec une Brésilienne, ça laisse des traces!», explique Patrick Bruel. Il est arrivé à Locarno mardi en jet privé pour soutenir l'un des plus beaux films de la compétition à ce jour, malgré son titre alambiqué: Le Lait de la tendresse humaine, de la Française Dominique Cabrera, dans lequel il incarne, avec une grande sobriété, un père de famille qui doit affronter le baby-blues de sa femme à la naissance de leur troisième enfant (Le Temps du 7 août).

Le Temps: Comment parvenez-vous à faire oublier la «Star Bruel» pour incarner un personnage de la classe moyenne?

– Je suis un type de la classe moyenne! Je viens de là et je ne me prends pas pour une star qui voyage en jet privé. Je ne pouvais pas venir autrement pour des questions de délai. Je suis ici à Locarno grâce à un copain qui a une compagnie d'aviation. Mon personnage dans le film rencontre des difficultés qui peuvent surgir dans n'importe quel milieu. Dans la vie, l'argent nous aide, mais il ne guérit pas tout. Un homme qui reste seul avec ses trois enfants, ça m'a touché, tout simplement. Et je suis très fier qu'une cinéaste comme Dominique Cabrera ait pensé à moi. Même si elle a coupé des scènes très belles avec les enfants. C'est le rythme du film qui veut ça, mais j'ai constaté ces coupes la mort dans l'âme. La paternité est une évidence pour moi: même si je ne suis pas encore papa, je sais m'occuper d'un bébé à 100%.

– Le cinéma d'auteur, à part Michel Deville dans Toutes peines confondues, vous a plutôt négligé jusqu'ici.

– P…! ça fait déjà dix ans qu'on a tourné ce film! J'aime beaucoup Force majeure de Pierre Jolivet, mais Toutes peines confondues était, à mon avis, mon meilleur travail. Cela dit, je comprends qu'on puisse ne pas aimer ce cinéma-là, malgré toute la finesse de Michel Deville. Réunir Dutronc et Matilda May, qui sont très froids, dans une ville comme Evian, il fallait oser. Mon personnage ne parvenait pas à réchauffer cet univers. J'ai joué dans vingt-sept films au cinéma et je me rends bien compte, aujourd'hui, que tout reste à faire. Je continuerai à avancer tranquillement. Je n'ai pas besoin du cinéma pour vivre. La chanson apporte un tel confort financier! Même l'acteur le mieux payé ne peut rivaliser avec ce que représentent les concerts, la chanson, les droits d'auteur, la musique. C'est sans commune mesure. C'est pourquoi je ne discute jamais des cachets au cinéma, pourvu que ce soit quand même dans les limites de la décence.

– Vous renvoie-t-on à votre statut de chanteur populaire, comme Vanessa Paradis à qui on demande toujours de chanter «Jo le taxi»?

– Mais elle a tort de ne pas mettre cette chanson dans ses concerts! Elle n'a qu'à la revisiter sur un autre rythme. Moi, j'assume tout ce que j'ai fait. Cela dit, j'espère que ce film donnera envie à des metteurs en scène que je ne connais pas de travailler avec moi. La presse a beaucoup aimé? Vous êtes sûre? Tant mieux, j'en suis très heureux.