Ces dernières années, l’œuvre de Bruno Dumont, jusque-là traversée par une certaine sécheresse et une rigueur formelle ne laissant aucune place à l’excentricité, a pris une tournure singulière. En deux mini-séries télé (P’tit Quinquin, 2014; Coincoin et les Z’inhumains, 2018) et un film (Ma Loute, 2016), tout en revisitant l’histoire de Jeanne d’Arc dans un diptyque (Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, 2017; Jeanne, 2019) se libérant totalement de la représentation historique classique, il a exploré des ressorts burlesques et un comique basé sur le non-sens, tournant notamment avec des comédiens non professionnels.

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France le voit cette année revenir à une forme plus classique. Avec Léa Seydoux dans le rôle d’une journaliste vedette d’une chaîne d’info en continu, il s’agit même de son long métrage le plus ambitieux. Voici donc France de Meurs, productrice et animatrice de la populaire émission Un Regard sur le monde. Elle organise en plateau des débats, mais n’hésite pas à partir sur le terrain pour en rapporter des reportages… dont elle est toujours l’héroïne principale. Qu’elle filme des rebelles touaregs, des migrants ou une ville assiégée, il s’agit toujours de se mettre en scène, de se donner le beau rôle. Pour la rigueur journaliste et la déontologie, merci d’aller voir ailleurs.

France est une star mondaine, elle est aimée par le peuple mais pas par son mari ni son fils; et elle a autant de robes et de tailleurs que l’année compte de jours. Un jour, distraite, elle emboutit un scooter. Rien de grave, le chauffeur n’a qu’une luxation de la rotule. Mais France culpabilise. Face à elle, soudainement, voici la France d’en bas, celle des travailleurs précaires et du chômage de longue durée. La presse people se déchaîne, elle sombre plus encore dans la dépression.

Rencontre avec Bruno Dumont: «Le comique rôde autour de tout»

Passé un premier quart d’heure efficace, avec notamment une désopilante conférence de presse d’Emmanuel Macron montrant comment France envisage son métier à travers le seul prisme de sa gloire personnelle, le film s’écroule totalement. Entre comédie satirique et mélodrame, Bruno Dumont peine à donner une véritable tonalité à un film qui, derrière sa critique de la célébrité, de la pression de l’info en continu et de l’égocentrisme parisien, s’avère vain et ennuyeux. Même s’il s’agit aussi, et c’est finalement ce qui est le plus intéressant, d’un film sur Léa Seydoux et son statut de star.


France, de Bruno Dumont (France, 2021), avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay, 2h14.


Cet article est initialement paru le 16 juillet 2021, pendant le Festival de Cannes.