Cinéma

Bruno Ganz, l’éternité et un triste jour

Figure de la scène berlinoise, tête d’affiche d’une multitude de films d’auteur, l’immense comédien est décédé à Zurich des suites d’un cancer. Il avait 77 ans

Bien sûr, couvert de prix et d’honneurs internationaux, il était le plus grand comédien suisse. Une fois ce truisme énoncé, on a tout dit, on n’a rien dit. Bruno Ganz avait des ailes de géant et l’immense humanité en lui. Figure tutélaire du théâtre allemand, il était dépositaire depuis 1996 de l’anneau d’Iffland, désignant l’acteur de langue allemande le plus renommé. Au cinéma, il a hanté quelque 70 films d’auteur, dont nombre de marqueurs générationnels, comme Dans la ville blanche, d’Alain Tanner. Sa connaissance de l’âme humaine faisait de lui le plus beau et le plus savant des anges dans Les ailes du désir, de Wim Wenders, elle lui permettait de fouiller la blessure la plus infecte du XXe siècle en incarnant Hitler dans La chute, d’Oliver Hirschbiegel.

Né en 1941 à Zurich, Bruno Ganz passe une enfance paisible, à l’écart du conflit. Une fois, sa mère lui a dit: «Ce que tu vois là dans le ciel, c’est Stuttgart qui brûle.» En 1961, il quitte la Suisse, un pays trop étroit pour ses ambitions, et s’aventure du côté de cet incendie. «Un Suisse alémanique qui s’intéresse à la culture est attiré par l’Allemagne. Comme acteur de théâtre, j’ai dû apprendre l’allemand – ce qui est difficile à faire en Suisse, où on parle en dialecte toute la journée.»