On l’a connu chanteur à minettes grattouillant timidement sa guitare coiffé d’un chapeau, sourire «ultra-bright», regard de tombeur et voix fluette, séduisant les «beautiful girls, all over the world». C’était en 2010 aux cotés du rappeur B.O.B sur le tube «Nothin’ On You», qui avait bien failli ne jamais voir le jour…

Peter Gene Hernandez, d’origine portoricaine et philippine, se lance dans la musique à Los Angeles à 18 ans. Il écrit alors principalement pour les autres et peine à se mettre en avant, les producteurs jugeant sa musique trop éclectique pour en faire une star de la pop. Et puis, Hernandez, ça sonne un peu trop latino. Il lui faudrait baragouiner en anglo-espagnol à la manière d’Enrique Iglesias pour être vendeur. Pensez vous! Quelques années plus tard, l’artiste devient Bruno Mars et le succès de ses compositions lui permet finalement d'enregistrer son premier album.

Un premier succès fulgurant

Sorti à l’automne 2010, «Doo-Wops & Hooligans» rencontre un succès aussi fulgurant qu’inattendu. Ses singles «Just The Way You» Are et «Grenade» atteignent la première place des charts et placent le natif de Hawaï au rang de nouvelle star pop et RnB. Les rappeurs, comme Wiz Khalifa, Travie MacCoy ou  Lil Wayne, s’arrachent alors sa voix d’ange. Puis viens la consécration aux Grammy Awards où le chanteur reçoit en 2011 le prix de la meilleure performance vocale pop pour un artiste masculin.

Parfum de nostalgie

Bruno Mars a de l’ambition. A la fin 2012 il dévoile «Unorthodox Jukebox», un très bon deuxième album qui assoit son refus initial de se choisir une voie musicale à sens unique. Le multi-instrumentiste prend une liberté rarement entendue dans la pop formatée d’aujourd’hui et propose aussi bien une ballade rock (Gorilla) que des tubes soul (Natalie, Young Girls) et du reggae (Show Me), sans oublier le hit «Locked Out Of Heaven», qui fait écho aux rythmiques de The Police.

Le californien finit néanmoins par trouver un créneau prometteur, celui du disco-funk, avec le tube «Treasure» et son clip rétro où, dans un costume rouge à paillettes, il se déhanche avec ses choristes sous une boule à facettes. Un parfum de nostalgie qui remet la musique black des années 70 et la danse chorégraphiée au centre de la fête. Ce souci de la mise en scène et du show à l’américaine amène la pop-star à voler la tête d’affiche aux Red Hot Chili Peppers lors du fameux concert de la mi-temps du Superbowl en 2014. Le chanteur apparaît dans un costard doré et domptant une batterie.

Bruno Mars sent qu’il tient un bon filon. La même année, il transforme un titre de Mark Ronson en buzz planétaire. Le single «Uptown Funk», accompagné d'une vidéo faisant la part belle au style coloré du Minneapolis funky des eighties, s'écoule à plus de 10 millions de copies à travers le monde et totalise quelque deux milliards de vues sur YouTube. La chanson remportera deux Grammy Awards en 2016: enregistrement de l’année et meilleure performance pop en duo. Joli! Après avoir fait danser le monde entier pendant plus d’un an, la star reviendra au concert du 50e Superbowl interpréter son tube aux cotés de Beyoncé et de Coldplay.

Ballade sexy

Avec «24K Magic», troisième album studio disponible ce vendredi 18 novembre, le nouvel héritier du funk confirme avec talent son aura d’artiste pop. Son sens imparable de la mélodie accrocheuse et du groove contagieux, emballés dans une production soignée, fait apparaître Bruno Mars comme un enfant spirituel que Michael Jackson et Prince ne sauraient renier.

Il y a un mois, le chanteur annonçait la sortie imminente du disque avec un premier single éponyme, dévoilé avec un clip flashy où Las Vegas devient un terrain de jeu au kitsch assumé. Musique electro-funk addictive, phrasé emprunté à James Brown et chorégraphies libérées, dans un univers où les accessoires bling-bling et le port d’un peignoir en soie deviennent aussi cool que la conduite d’un jet-ski dans une fontaine…

Résultat? Plus de cent millions de vues. Le fan de RnB pousse la barre retro encore plus loin avec la ballade sexy  «Versace On The Floor» et ses synthés sortis tout droit des années 1990, rappelant volontiers la fragilité des Boyz II Men ou de R. Kelly. Jouissif! Si l’Américain n’a rien inventé, il a su ressusciter l’âme d’une musique rassembleuse et la remettre au goût du jour, s’imposant comme le nouveau prince du funk 2.0.


Bruno Mars, «24K Magic» (Warner Music). En concert le 12 mai 2017 à Zurich (Hallenstadion) et le 14 juin à Genève (Arena). www.brunomars.com