Se rendre à l’aéroport sans pièce d’identité, c’est être certain de se faire recaler. Sauf si on s’appelle Bruno Peki. Un jour, une hôtesse parisienne a fermé les yeux et l’a laissé embarquer. En entendant cet épisode, on questionne sérieusement la fiabilité de la sécurité aérienne… mais on n’est pas vraiment surpris. Bruno a la trogne de l’enfant Kinder, comme il le dit dans ses sketchs: grands yeux bleus, petit nez, barbe timide, mèches savamment relevées – exactement comme sur les photos de promo.

Une bouille juvénile et omniprésente, des scènes romandes aux ondes de Couleur 3, des vidéos de Tataki (média RTS destiné aux 15-24 ans) aux festivals d’humour où il rafle les prix. Le dernier en date? La première place du concours Scène ouverte de Morges-sous-Rire fin septembre, un tremplin qui le propulsera dans d’autres festivals en France, en Belgique et même au Québec. A 21 ans, le Genevois a les baskets qui fourmillent et l’humour en bandoulière.

Ping-pong et Shakespeare

Dans un café branché de Lausanne, Bruno Peki, col roulé tout aussi branché, revient sur ces trois dernières années aux airs de tornade. C’est au collège, en 2017, qu’il découvre la scène. Né à Lancy de parents brésilo-suisses, il était jusque-là plutôt tables et filets, passionné de ping-pong au point de s’entraîner cinq fois par semaine. Et de tenter d’intégrer l’équipe suisse. «Raté deux fois!» Il rigole. «Tu te moques de moi, c’est ça?»

Mais lorsque le pongiste entame des cours de théâtre au conservatoire sur les conseils d’un prof de diction, il troque sans hésiter ses raquettes pour les tirades shakespeariennes. «J’ai tout de suite senti que c’était un espace qui me convenait», avance l’humoriste. Au moment de plancher sur son travail de maturité, il songe donc naturellement à une pièce mais, pour des questions logistiques, opte pour un one man show. «Au premier rendez-vous, l’enseignante qui me suivait m’a demandé si je visais un spectacle de quinze ou vingt minutes. J’ai répondu une heure et quart! Je n’y connaissais rien.»

Rien ou presque: un peu plus tôt, Bruno avait eu vent d’un certain Thomas Wiesel, victime de censure sur Facebook pour avoir moqué l’UDC. Celui qui associait jusqu’ici le stand-up aux superstars françaises découvre alors une jeune génération romande aux blagues féroces. Elle restera une inspiration.

«Comme une drogue»

Il s’y frottera d’ailleurs au printemps 2017 lors de son baptême du feu: un concours d’humour organisé par Fréquence Banane, la radio de l’Université de Lausanne. Wiesel, Provenzano, Marguet composent le jury. Bruno a 17 ans, est mort de trac… et récolte ses premiers encouragements et éclats de rire. «Une des sensations que j’ai préférées dans ma vie, se souvient-il. Comme un shot, une drogue.»

Lorsque Bruno se présente finalement dans l’aula du collège de Saussure (le plus grand de Genève, 400 places tout de même), il est ultra-préparé. C’est un vendredi 13, il parle de boutons d’acné et de Roaccutane et la sauce prend de nouveau. Cette fois, le collégien en est certain, il «bossera là-dedans». D’autres en sont convaincus: Wiesel et consorts l’encouragent; les directrices du Caustic Comedy Club, salle genevoise dédiée au stand-up, deviennent ses managers; le Jokers Comedy, boîte de production de jeunes humoristes, en fait un de ses poulains.

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Tout s’enchaîne. Bruno jongle (dangereusement) entre examens de matu et passage à Mauvaise langue puis, diplôme en poche, entre l’écriture de son premier spectacle et un poste de civiliste dans un foyer pour personnes âgées – plus tard, dans ledit spectacle, il en citera les résidents auxquels il s’est attaché.

Gare à l’homonyme

Mais un hasard freine encore son ascension: Bruno Hausler existe déjà, et c’est un humoriste français! Le Genevois doit donc changer de nom, et il trouvera l’inspiration lors d’un voyage à Brasília: pequi, un arbre de la région qui donne le fruit du même nom. «C’est jaune, on le mange avec du riz et personnellement je déteste ça», s’amuse Bruno. Peu importe, il aime la sonorité et le clin d’œil à ses racines.

On le sent, la famille est pour lui un pilier (il vit encore chez ses parents à Lancy)… et un bon terreau à blagues. Dans Innocent, qu’il emmène en tournée depuis le début de l’année, il joue de son regard faussement naïf pour aborder des sujets qui le touchent de près. La virilité (dont il se fiche), l’apprentissage du portugais (dont il s’est longtemps fiché) mais aussi le cancer de sa mère ou l’alcoolisme de son père. «Je trouve important de ne pas raconter que les trucs cools qui m’arrivent, mais de me mettre à nu, ce qui m’arrive rarement dans la vie, avance-t-il. Ça permet aussi de créer des liens avec le public.» Et d’aborder certains sujets tabous, comme pour l’association Stop Suicide dont il est devenu l’ambassadeur.

Si Bruno Peki a l’air assuré et ravi, il lui arrive parfois de cogiter et d’envier les copains aux chemins universitaires tout tracés. «Mais je ne me dis pas: «Et si ça ne marchait pas?» Je donne tout pour que ça marche parce que je n’ai pas de plan B.» Le plan A, c’est de peaufiner son spectacle et, qui sait, l’emmener à Paris comme Marina Rollman ou Alexandre Kominek avant lui. Enfin, si le covid le permet. Pour ce qui est des masques, Bruno n’est pas inquiet: les rires les traversent.


Profil

1999 Naissance à Genève.

2017 Première scène de stand-up et spectacle pour son travail de maturité.

2018 Signature chez Jokers Comedy et débuts chez Tataki.

2019 Participation à la tournée «Marie-Thérèse fête les vignerons» et résidence au Caustic Comedy Club.

2020 Prix du concours Scène ouverte du festival Morges-sous-Rire.


«Innocent», le 30 octobre au Strap' Comedy Club de Fribourg. Les 29 et 31 octobre, 24 et 26 novembre, 10 et 12 décembre et 27 janvier au Caustic Comedy Club de Genève. Le 14 novembre au Comedy Club 13 de Lausanne. Le 20 novembre au Royal de Tavannes. Le 27 novembre au Hameaz-Z’Arts de Payerne. Le 9 janvier à l’Azimut d’Estavayer-le-Lac.