La beauté brute de Bruson est parsemée de paillettes cet été, qui lui offrent un tout autre éclat. Plus d’une centaine d’illustrations habillent le hameau, représentation parfaite d’un village de montagne valaisan avec ses vieux raccards collés les uns aux autres. En flânant dans ses rues, les œuvres nous surprennent. Tantôt accrochées à la façade d’une maison, tantôt exposées dans un carnotzet ou dans une étable, elles sont souvent là où on ne les attend pas. Si ce n’est cet écrin inhabituel, signature du PALP Festival, il s’agit, à première vue, d’une exposition comme les autres. Et pourtant, il n’en est rien.

Sur le directeur du PALP: Sébastien Olesen, le Valais dans le vent

Les illustrations, visibles jusqu’au 5 septembre, ne sont pas sorties de l’imaginaire de leurs auteurs. Chacune d’entre elles représente le rêve d’un ou d’une habitante de Bruson pour son village, qui fait face à Verbier. De septembre 2020 à mars dernier, 112 artistes suisses, français, belges ou encore néerlandais – parmi lesquels Boris Busslinger et Paolo Battiston, respectivement journaliste et iconographe au Temps – se sont rendus dans le val de Bagnes pour appréhender l’imaginaire des locaux et le retransmettre au travers de leurs œuvres. Les rencontres se faisaient autour d’un repas ou lors d’un apéro, en toute simplicité. La convivialité des Bagnards a fait le reste.

Inverser les rôles

Le village de Bruson n’a pas été choisi au hasard. Depuis quatre ans, le PALP Festival en a fait son quartier général. «Ces dernières années, nous avons importé nos projets pour dynamiser les lieux. Cette année, nous avons décidé d’inverser les choses. Il était important, pour nous, de connaître les envies des habitants pour leur village», détaille Sébastien Olesen, le directeur de la manifestation. Près de 250 des quelque 400 habitant-e-s ont joué le jeu.

Amélioration de la mobilité, toujours lacunaire dans une région périphérique, renforcement de la cohésion sociale par la création d’espaces collectifs et intergénérationnels de rencontre et de partage, ou encore mise en valeur du terroir via l’agrotourisme, plusieurs grandes thématiques se dégagent des rêves exprimés. L’utopie n’est pas ou peu au rendez-vous. Faut-il y voir le côté très terre à terre des montagnards? Sébastien Olesen imagine plutôt que la promesse de donner vie au songe d’un habitant a amené les participants à proposer des projets concrets et réalisables.

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Trois projets qui ne feront qu’un

Le jury en a finalement sélectionné trois: des bulles transparentes nichées au milieu des arbres pour dormir le nez dans les étoiles, un espace de rencontres et d’échanges intergénérationnels, logé dans un raccard perché, et la construction d’un hôtel pavillonnaire à l’intérieur d’une grange. Il s’agira désormais de les assembler pour que naisse un projet définitif commun.

Mais tous les autres rêves ne resteront pas, pour autant, au stade de l’imaginaire. «Cette liste d’idées est une source d’inspiration pour l’avenir», se réjouit Sébastien Olesen. Il se voit déjà donner vie au souhait d’un habitant de construire une piste de luge au cœur du village. «Bruson est suffisamment en pente pour rendre facile la réalisation de ce rêve durant la saison hivernale.»

Pour la manifestation multifacette, qui se déroule durant près de cinq mois et sur l’ensemble du territoire valaisan, Bruson revêt un caractère bien particulier. Dans le cadre de son projet de village du PALP, le festival a pour ambition d’amener une nouvelle vitalité aux régions de montagne. «Notre travail consiste à répondre aux attentes des habitants, qui désirent, plus que nous encore, que leur village vive», insiste le directeur. Pour lui, l’exposition estivale illustre ces besoins. Et il est persuadé que cela pourrait servir plus largement: «Il s’agit d’un très bel outil, qui pourrait être utile lors des réflexions politiques liées à la montagne. Elle résume parfaitement les envies des populations de ces régions périphériques.»


«Dans les rêves», PALP Festival, Bruson, exposition gratuite ouverte du mercredi au dimanche, jusqu’au 5 septembre.