Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L’œuvre de l’Américaine Swoon sur le nouveau musée MIMA dans le quartier de Molenbeek.

Voyage

A Bruxelles, les murs ont la parole

Du sgraffite du XIXe siècle au «street art» contemporain en passant par la BD, la cité belge chasse la grisaille de ses façades

Une humeur citadine accompagne les festivités printanières de Bruxelles. Fini l’angoisse des attentats et les traques terroristes. Les tags, les graffs, les pochoirs, investissent les murs de la capitale belge alors que d’autres parcours assouvissent la soif des fans de bande dessinée ou d’Art nouveau.

Même Molenbeek fait peau neuve. Le quartier, tristement médiatisé ces derniers mois, sert d’écrin à un nouveau musée dédié à l’art urbain. Ouvert en avril, le Millennium Iconoclast Museum of Art (MiMA) offre 1000 m2 à des artistes habitués à communiquer sans intermédiaire avec leur public. Exit les toiles, les subcultures deviennent mainstream. Les œuvres de l’Américaine Swoon qui travaille la gravure sur linoléum sont découpées et collées à même les murs de la cave et de la terrasse du musée s’inscrivant ainsi dans le registre des œuvres éphémères. Le globe-trotter Momo, lui, taquine à la fois la bombe aérosol, le collage et la peinture au rouleau et réalise ses installations plutôt dans des lieux publics qu’en studio.

De Horta à Bonom

Parmi les autres figures emblématiques qui donnent des couleurs à la ville, on trouve des signatures internationales comme Kool Koor, l’ancien compagnon de Basquiat et de Keith Haring installé depuis une vingtaine d’années en Belgique, mais aussi les collectifs Farm Prod et Flagel, le pochoiriste français Jef Aérosol ou encore l’historique Space Invaders. Bonom, un artiste phare de Bruxelles, va jusqu’à proposer un parcours insolite dans les rues de la ville en quête de son œuvre.

Vincent Glowinski, de son vrai nom, a longtemps profité de la nuit pour maculer les murs de ses animaux étranges, de ses squelettes préhistoriques. Accroché à une gouttière avec une corde ou en équilibre sur une corniche, il traçait les morphologies de ses créatures. A force, il a reçu le feu vert des autorités pour exercer légalement son art. Pour découvrir son poulpe, son araignée géante ou les autres monstres de son bestiaire fantastique, il suffit de suivre le tracé urbain publié sur son site internet.

Dans la capitale belge, la polychromie des façades n’est pourtant pas récente. Elle se proclame déjà phénomène de mode à la fin du XIXe siècle. En plein essor de l’Art nouveau, deux architectes majeurs, Paul Hankar et Victor Horta, se laissent alors séduire par la technique décorative de la Renaissance italienne appelée le sgraffito, ou le sgraffite. Une première couche de ton sombre est recouverte d’un enduit coloré. On incise les contours du dessin à l’aide d’un grattoir dans les couches inférieures du mortier. Se révèle un sillon foncé qui délimite les surfaces peintes de différentes gammes chromatiques. Le hic? Cette technique italienne souffre du climat frais du nord et exige des entretiens réguliers, histoire d’éviter que la couleur ne disparaisse complètement.


Pèlerinage chez Gaston

Cet ancêtre du graffiti se découvre sous les formes de frises, de panneaux et orne notamment les tympans et façades art décoratives du quartier d’Ixelles à travers lequel on flâne le nez en l’air. C’est là que Paul Hankar a dessiné les plans d’un hôtel particulier pour le peintre Albert Ciamberlani à la rue Defacqz. Le sgraffite sur la façade de 12 mètres de large représente une scène de vie antique. Adolphe Crespin, le grand maître de la technique, collabora étroitement avec l’architecte. En 1893, il réalise les hortensias blancs qui s’accrochent à la «Maison Hankar», au numéro 71 de la même artère.

La terre natale de Tintin et Spirou met à l’honneur le 9e art. Au coin d’une rue, d’un musée ou d’un café, les murs aveugles sont depuis 1993 couverts d’une quarantaine de fresques monumentales représentant les héros de BD les plus aimés de Belgique. Sur ces bulles en format géant, on reconnaît les aventures d’Astérix & Obélix, de Tintin, de Blake & Mortimer ou encore de Lucky Luke. Tandis que Bob & Bobette sont portés d’une main par un autre mythe bruxellois, le Manneken-Pis. Au centre-ville, l’estaminet l’Imaige Nostre-Dame, cette version ancienne du bistrot typique, accueille en pèlerinage les adeptes de Franquin. C’est à cette adresse que le bédéiste aurait imaginé le personnage de Gaston Lagaffe.


Sur un terrain faisant face au Recyclart, le centre d’arts pluridisciplinaires et restaurant veggie de la gare de Bruxelles-Chapelle, des skateurs slaloment. Certains participent à la plate-forme The Skateroom qui cherche à rendre des artistes de renom – Ai Weiwei, Juergen Teller ou Takashi Murakami – accessibles à tous et éditant leurs œuvres sur des boards à roulettes. Sur la place Flagey, depuis 2009, un autre collectif s’empare de la neige en hiver pour s’exprimer. Les œuvres éphémères de Flagel, comme un mégaphone géant flanqué du message «Place Fâchée», sont conçus par quatre amis. L’été revenu, la baraque à frites, l’une des meilleures adresses gourmandes de la ville, vaut à elle seule le détour dans le quartier.

La culture culinaire justement. Au pays de la bière, l’amateur de mousse siffle des brassins exotiques au Food truck festival, le rendez-vous mondial des cantines roulantes organisé chaque mois de mai. Mais à Bruxelles, l’esprit street food perdure toute l’année. A Sainte-Catherine, la poissonnerie La Mer du Nord installe chaque matin depuis dix ans ses tables hautes et ses parasols bleus dans la rue. Sa partie Fish Bar propose des croquettes de crevettes, escargots, huîtres, scampis à déguster sur le pouce. «Peu importent la neige, la pluie ou les attentats, nous restons ouverts toute l’année», lâche le serveur avec un fatalisme teinté d’humour noir. De l’humour belge, bien sûr.


Y aller
Des vols quotidiens sont desservis par Brussels Airlines et EasyJet au départ de Genève pour l’aéroport de Zaventem.

Y dormir
Dans le quartier Louise, le Zoom Hôtel possède 37 chambres.
Son hall est recouvert de photos participatives de la ville
dans un esprit de design urbain.

Y manger
Au restaurant L’Amour fou, place Fernand-Coq, le pastrami remplace
le burger. Les sandwichs aux fines tranches de viande trempées dans une saumure d’herbes et de sel se dégustent ici avec les doigts.

La Mer du Nord, sur la place Sainte-Catherine, poissonnerie qui attire le Tout-Bruxelles avec ses croquettes de crevettes. Une institution.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps