La chronique de l’art

Bruxelles, une ville où les collectionneurs se mobilisent pour l’art contemporain

Malgré une conjoncture faible, la ville fait partie des plus actives d’Europe en ce qui concerne les musées et les espaces d’art, grâce aux initiatives privées

Depuis quelques années, les ouvertures et les rénovations de musées et d’espaces d’art s’intensifient en Belgique malgré une conjoncture morose et le retrait de l’Etat fédéral. Des initiatives privées y pallient, et notamment à Bruxelles, qui s’affirme aujourd’hui comme une des villes européennes les plus dynamiques sur la scène contemporaine. Plusieurs facteurs participent de ce renouveau: un vivier d’artistes et de professionnels qui rayonne, la présence de nombreux collectionneurs, pas uniquement belges d’ailleurs, et de nombreuses galeries et institutions culturelles privées des plus innovantes.

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En 2007 déjà, des collectionneurs privés, telle la Vanhearents Art Collection, ont ouvert leurs portes au public et, en 2012, le CAB (Contemporary Art Brussels) un espace de 800 mètres carrés, anciennement dévolu à l’industrie minière, a été rénové par le collectionneur Hubert Bonnet, un passionné d’art minimal et d’architecture.

Autre lieu singulier pour un projet privé, celui de Maison Particulière conduit par un couple d’amateurs, Myriam et Amaury de Solages. En 2011, ils ont fondé ce centre d’art dans une maison de maître bruxelloise du quartier Louise. Entre leur goût pour le design, leur passion des antiquités et de la bibliophilie, ils organisent, dans ce qui peut s’apparenter à un cabinet d’amateur, trois fois l’an des expositions thématique conçues par des artistes invités et à partir de pièces provenant de leur propre collection et de celles d’autres aficionados privés (Chris et Liven Declerck ainsi qu’Estelle et Hervé Francès).

C’est le cas pour l’actuel accrochage intitulé ta-bu et dont le commissaire est l’artiste Wim Delvoye. Il y réunit des œuvres essentiellement contemporaines, des vidéos et des installations qui interrogent le tabou sous l’angle du regard qui est posé sur l’œuvre en cassant les codes de la bienséance tout en valorisant une approche plus intime de ce sujet. Dès le 21 avril, la prochaine exposition, Everybody is crazy, but me…, augure du même goût pour la transgression et le partage.

Toujours dans l’idée de la dynamique artistique de la ville, deux événements majeurs marquent l’année artistique bruxelloise: en janvier a lieu la Brafa qui est une foire européenne d’art et d’antiquités qui a fêté sa 61e édition cette année en s’agrandissant et, en avril, Art Brussels, foire d’art contemporain qui monte en puissance face à Frieze, entre autres. Et ce printemps, une nouvelle venue va encore doper cette plateforme, il s’agit d’Independent, une foire créée à New York en 2007 et qui a lieu en mars, conjointement à l’Armory Show, et qui sort pour la première fois des frontières étasuniennes. Gageons que son côté expérimental va compléter avec efficacité l’offre actuelle.

A l’heure d’une «morosité culturelle» genevoise post-électorale, espérons que de nouvelles initiatives privées de ce type relèvent le défi des ambitions retrouvées dans un avenir proche.

* Historienne de l’art, conservatrice de collection d’art BCV

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