«La culture est importante en termes de cohésion sociale»

Budget De 2016 à 2019, le Conseil fédéral prévoit d’accorder 894,6 millions à la promotion culturelle

Le Conseil fédéral veut se montrer généreux pour la culture. Dans son programme pour les années 2016 à 2019, qu’il a mis en consultation mercredi, il propose un total de 894,6 millions de francs, à comparer aux 669,5 millions de la tranche actuelle. Ainsi, ce domaine bénéficierait d’une hausse de 3,4% par année . «Parce que le Conseil fédéral est d’avis que la culture est importante, notamment en termes de cohésion sociale», plaide un Alain Berset qui semble avoir obtenu quelques largesses de ses collègues. Littérature, musique populaire et même start-up seront favorisées, entre autres. Et le gouvernement ose, par la bouche de la nouvelle directrice de l’Office fédéral de la culture (OFC) Isabelle Chassot, la folle audace de parler de «politique culturelle nationale».

Sur le modèle de ce qu’il fait pour les hautes écoles et la science, le Conseil fédéral doit désormais présenter ses intentions culturelles sous la forme des «messages» (programmes) quadriennaux. Le premier, note Alain Berset, relevait surtout du «message de financement». A présent, le Conseil fédéral définit ses priorités. La première rappelle la politique voulue naguère par Pascal Couchepin: le collège met l’accent sur l’accès à la culture. Pour le chef de l’Intérieur, «il est très important que chacun s’implique de manière active ou passive dans la vie culturelle. C’est un contrepoids à la polarisation sociale. Celui qui participe à la vie culturelle prend conscience de ses racines, et contribue à la diversité de la Suisse.»

Pressée par une initiative populaire retirée, mais concrétisée sous forme de contre-projet aux Chambres, la Confédération soutiendra davantage la formation musicale en dehors des plages scolaires. La promotion de la lecture est aussi mise en avant, avec un soutien aux livres pour enfants, et aux événements liés à la littérature de jeunesse. Même la critique littéraire et des suppléments de journaux pourraient bénéficier de subsides.

Traduction et gens du voyage

Au titre de la cohésion sociale et nationale, le gouvernement veut aussi accroître son appui aux maisons d’édition. Maltraitée ces dernières années, la traduction littéraire recevrait à nouveau des coups de pouce plus sérieux. Le ministre socialiste promet aussi un soutien accru à l’italien «en dehors de la Suisse italophone», ainsi qu’une augmentation des aides aux échanges culturels. Le catalogue comprend un effort pour les gens du voyage – dont l’OFC s’occupe, avec le doublement du budget actuel de 300 000 francs. Les débats étant vifs dans certains cantons concernant les places d’accueil, ­Isabelle Chassot parle toutefois prudemment d’un rôle de «coordination» de la part de la Confédération.

Concernant les institutions fédérales telles que le Musée national, le projet indique, en bon jargon fédéral, que la participation culturelle «devra davantage servir de valeur étalon», ce qui laisse augurer une pression aux chiffres de fréquentation, toujours au titre de l’accès à la culture.

Start-up et tournages

Sous la bannière de l’innovation, le Conseil fédéral veut encourager des start-up dans le design ou les médias interactifs, car «la création culturelle constitue un important laboratoire», selon Alain Berset. Le gouvernement prône d’ailleurs un rapprochement entre les politiques de la culture et des incitations aux entreprises. Le Fribourgeois cite en exemple les tournages de films, qui constituent, aussi, des opérations économiques locales.

Et vient donc la «politique culturelle nationale», concept jusqu’ici tabou au pays de la subsidiarité, où la culture est soutenue pour l’essentiel par les villes et les cantons . Isabelle Chassot s’empresse de minimiser. Il s’agit surtout d’un dialogue constant entre communes, cantons et service fédéraux. Cependant, l’OFC apporte désormais un cadre général, plutôt stimulant, à ces réflexions. Isabelle Chassot cite cinq tendances majeures affectant la culture: la globalisation qui accroît la concurrence «pour nos créateurs» et peut menacer la ­diversité, la numérisation, le vieillissement et les migrations, l’individualisation ainsi que l’urbanisation de la société.

Ce programme est en consultation jusqu’en septembre. Le parlement s’en emparera l’année prochaine.