Le noir et blanc lui va si bien. Le clown Buffo n'a pas pris une ride, bredouille la légende. Même bonnet au ras du front qu'il y a trente ans, quand l'Américain Howard Buten traçait pour la première fois sur son front deux sourcils fins comme des tiges de cerisier nippon. Même tache coquelicot sur le nez. Mêmes pupilles interrogatives. Au Forum de Meyrin (GE), Buffo n'a en apparence pas changé. Ses admirateurs l'imploreraient presque: qu'il soit fidèle à ses balais et à ses poubelles empruntées à Samuel Beckett, qu'il nous grise en feignant d'être dégrisé, qu'il soit l'enfance à lui tout seul, enfance d'autant plus entêtante qu'elle n'a jamais existé. Pour fêter ses 30 ans d'aveux maquillés, Buffo dialogue comme toujours avec ses violons et c'est une merveille que ce temps suspendu à un archet chenapan.

Buffo souffle la joie, comme son idole Grock jadis. Il nous prête des ailes d'ange. Non qu'il nous ménage. Ses contes sont cruels. Sophocle et Freud inspirent de loin Howard Buten. Voici sur scène le fameux violon, au ventre de baleine. Il renferme un violon nourrisson, qui sanglotera à ciel ouvert. Devant tant de mal de vivre au berceau, Buffo est démuni. Il piétinera l'instrument et son craquement sera le nôtre. Dans ce classique, tout est là: l'euphorie de la naissance, la pulsion de mort, le remords. Comme un précipité de roman familial. Avec soupirail ouvert sur une grâce venue du chapiteau: un autre violon, plus petit encore, vient consoler Buffo qui en extrait un air miraculeux de simplicité.

Aveu timide

Buffo est le grand frère de chacun. Il connaît, à force de silence, les greniers mal famés que sont nos cœurs. Il endosse nos maladresses, histoire de nous faire croire qu'elles n'appartiennent qu'à lui. Exquise courtoisie du clown, qui prend sur lui nos vices. Mais Buffo n'a rien d'un saint. Comme Peter Pan, dont il partage le goût pour l'éternité des pirates, il a des blessures qui ramènent à la terre ferme. A la fin, il fredonne ces mots: «Si je pouvais donner mon cœur à vous…» C'est une demande d'amour. Un aveu timide chargé d'espérance. Une chute en forme de promesse.

Buffo, Forum de Meyrin (GE), place des Cinq-Continents 1, je et ve à 20 h 30 (Loc. 022/319 61 11 et 022/989 34 34)