«Tu lèves tes mains, coyote!» A l'image de sa première réplique, Building U.S.A assume joliment le théâtre de genre. Le Far West plus vrai que vrai. Et fidèle à l'Histoire. Car Dominique Ziegler, fils de Jean, n'écrit pas gratuitement. Dans ses fables tragi-comiques, il piste des dérives politiques. Après l'Afrique vendue par ses propres dirigeants à l'Occident (N'Dongo revient, en 2002), après le cynisme de la CIA (Opération métastases, en 2005), l'auteur pointe l'expansionnisme américain à travers le chemin de fer, son symbole le plus ancien.

Fin XIXe, John Morton est le propriétaire prospère de la Morton Company, ligne de train qui travaille à la réunion des deux côtes des Etats-Unis. Tout roule pour lui. Stan, son fils, étudie le droit et va rejoindre le Parti républicain pour une carrière qui pourrait le conduire à la présidence du pays. Sauf que voilà, le jeune homme tombe amoureux d'une Indienne, la belle Wakonda (Anne-Loyse Joye), et tout bascule. Rage du père, obstination du fiston. La pièce commence comme Roméo et Juliette, mais finit comme Pulp fiction. Conformément à la vérité historique, les Indiens et tous les justiciers sont écrasés par le rouleau compresseur du progrès. Le fils n'en sort pas grandi...

Sur un sol caillouteux, les comédiens prennent un plaisir évident à interpréter ces gueules carrées. A commencer par Pietro Musillo, dont on se demande s'il n'a pas été cow-boy dans une autre vie. Mathieu Delmonte joue un juriste timoré et un politicien véreux avec le même succès. Quant à Dominique Favre-Bulle, elle compose une mère digne et brisée. Jacques Probst éructe en père autoritaire, Julien Tsongas fléchit en fils soumis. De vrais personnages de BD. C'est d'ailleurs le dépaysement et le cynisme qui font la force de ce projet. Cette manière aussi de restituer une page de l'Histoire selon un principe de feuilleton secoué. En fait, Dominique Ziegler adore les sales gosses, on s'en réjouit avec lui.

Jusqu'au 1er juin, au T/50, ruelle du Couchant, Genève, 022/735 32 31.