Festival de Cannes

«Bull», fragile comme Krystal

L’Américaine Annie Silverstein filme avec justesse, dans son premier film, une ado texane livrée à elle-même

Krystal a 14 ans et n’arrive pas à refréner les pulsions de son molosse, qui aime dévorer les poules du voisin. Dans le fond, Krystal est comme son chien, indomptable. Elle est aussi fragile et vulnérable. En l’absence de sa mère, emprisonnée, elle vit avec sa petite sœur chez leur grand-mère, totalement démunie en matière d’éducation. La jeune adolescente est en manque de repères, personne ne croit en elle. Jusqu’au moment où ledit voisin, après une énième brouille, va finalement s’attacher à elle et lui transmettre sa passion du rodéo. Elle n’a pas de père, il n’a pas d’enfant.

Bull se déroule dans une banlieue pauvre de la campagne texane, dans un de ces endroits semblant coupés du monde et où une pauvreté commune ne fait pas de distinction entre Blancs et Noirs. Premier long métrage de la réalisatrice Annie Silverstein, repérée à Cannes il y a cinq ans avec un court métrage qui lui a valu le Prix de la Cinéfondation, il mise tout sur l’économie: peu de musique, peu de dialogues, peu de grands mouvements de caméra, des enjeux narratifs ténus.

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Mais c’est de cette économie qu’il tire sa force, une belle justesse de ton et une approche réaliste loin de tout misérabilisme malgré la violence sourde de l’histoire. Annie Silverstein montre une autre Amérique, mais ne dénonce pas. Son film fait partie des neuf premières œuvres présentées – sur un total de 18 titres – dans la section secondaire Un Certain Regard, preuve que le Festival de Cannes se soucie de la relève en plus de suivre la carrière des grands auteurs qui comptent.

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