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«Le Bureau des légendes», saison 4: deuil, épreuve et purgatoire

La quatrième saison de la grande série française d’espionnage maintient son public en Syrie tout en explorant la cyberguerre avec les Russes. C’est toujours aussi brillant. Attention, cet article contient des informations sur la saison précédente

Mathieu Amalric arrive, et rien ne va plus. Au début de la quatrième saison du Bureau des légendes, la série d’espionnage d’Eric Rochant, un nouveau personnage apparaît, nommé JJA – Mathieu Amalric, donc. C’est un genre de surinspecteur des services, qui compte mener une enquête sur ce bureau, l’officine de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) qui pilote et encadre les espions opérant sous couverture à l’étranger. Pas besoin d’attendre trop longtemps pour apprendre qu’il veut la tête de toute l’équipe, et en particulier celle de Marie-Jeanne (Florence Loiret-Caille), la nouvelle cheffe, après la mort de Duflot (Jean-Pierre Darroussin). Premières tensions.

Revoilà Le Bureau des légendes, qui conserve scrupuleusement son rythme annuel, ce qui reste une particularité dans le paysage des séries françaises. La crise traversée par les personnages principaux en Syrie s’est conclue par la perte de Duflot dans son ambulance. Malotru (Mathieu Kassovitz) est à Moscou, il ignore encore la mort de l’ancien chef. Il veut rentrer. Cependant, vu de Paris, il demeure un traître qui a travaillé en sous-main pour les Américains. Marie-Jeanne consent encore à lui parler, mais aux yeux de JJA, il ne mérite rien de moins que le bûcher. 

Les propos de l'équipe lors de la saison 3: «Le Bureau des légendes», les espions que nous aimons

Plongée dans l’océan mondial des pixels

Moscou. Une fois encore, Le Bureau des légendes prouve son talent à s’ancrer dans l’air du temps. Alors que la guerre froide semble se réveiller, que les crispations s’accumulent entre Vladimir Poutine et les Européens – notamment en raison de la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal, ancien… espion, les scénaristes de la série de Canal + mettent les pieds dans le plat, avec une lenteur tactique. En rajoutant une touche de cyber: dans cette quatrième saison, César (Stefan Crepon), un jeune hacker de la DGSE, est pressenti pour s’infiltrer dans un institut de technologie moscovite qui serait impliqué dans le cyberconflit global.

Les légendes, les espions dans leurs personnalités fictives, doivent plonger dans le sombre océan planétaire de pixels. Mais toutes n’oublient pas le monde physique: Marina (Sara Giraudeau) se rend justement à Moscou pour débusquer des leaders du renseignement, tandis que Jonas (Victor Artus Solaro) passe du bureau au terrain le plus cru, c’est-à-dire la Syrie («Pourquoi je ne suis pas resté au bureau… Fais ch…»). Rude promotion pour le personnage, servi par un excellent acteur.

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Le début peut déconcerter

Cette quatrième saison déconcertera peut-être certains amateurs. Le démarrage est moins tendu qu’auparavant. Les affaires internes, à la centrale – JJA contre tout le monde –, occupent une place prépondérante. Après les secousses face au djihad du chapitre précédent, le monde du Bureau… doit se reconstituer, retrouver des pôles et des zones de friction.

Pour les fidèles, ce volume 4 signifie deuil, épreuve et purgatoire. Le deuil de Duflot, bien sûr. Les spectateurs qui raffolent de Jean-Pierre Darroussin, et ils sont sans doute nombreux, pouvaient se demander si la série survivrait à sa disparition. Réponse: oui, mais il manque tant… L’épreuve est l’odyssée électronique, et périlleuse, de César. Le purgatoire représente bien sûr le lieu moral où se situe Malotru. Un agent double peut-il être pardonné, c’est-à-dire revenir aux affaires de sa première maison?

«On est bien. On a fait une série»

Cette seule question justifierait une saison entière. Mais Le Bureau des légendes a sa vie propre. La série se joue grâce à ses extensions sur la planète géopolitique. Et elle séduit, toujours, par la richesse à la fois des situations et des personnages. Lors de plusieurs interventions l’année passée, au seuil de la diffusion de la troisième livraison, Eric Rochant a souvent dit: «Une saison, c’est une mini-série; deux saisons, c’est une série avortée; trois, c’est vraiment une série. On est bien, on a fait une série.» On ne sait s’il fallait vraiment une preuve en ces termes, mais de toute évidence, Le Bureau des légendes est une vraie, et grande, série.


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