A un moment précis de la saison 2 du Bureau des légendes, où il est question du virement d’une somme pour financer une mission clandestine, l’intérêt mondial de la Suisse est balayé d'un revers de main: «La Suisse, c’est devenu n’importe quoi», rapport à la fin du secret bancaire. Mieux vaut passer par les îles Caïmans. Cette ligne de dialogue montre à quel point la documentation des scénaristes est à jour. Pourtant, c’est une qualité bien helvétique que Canal + met en avant à propos de sa série, dans les premiers temps: sa ponctualité.

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Jusqu’ici, s’agissant des grandes productions dramatiques, l’artisanat français des séries TV n’était pas parvenu à tenir le rythme de la saison annuelle. L’exemple est particulier, mais on peut mentionner les trois années écoulées entre la première et la seconde saison des Revenants, 2012 et 2015, jusqu’ici la série française la plus remarquée à l’étranger.

La quatrième saison en préparation

Le créateur Eric Rochant et le producteur Alex Berger ont relevé le défi. Pour la première fois, en France, la prochaine saison d’une série dramatique s’écrit pendant le tournage de la saison actuelle. Ainsi, la quatrième livraison est en préparation.

Pour la fiction hexagonale, l’ampleur de l’entreprise est aussi nouvelle. Alex Berger précise: «Il a fallu adapter des clauses de contrats, notamment pour les acteurs. Et engager plus de monde qu’à l’habitude…» Le budget de la série reste à peine supérieur aux devis usuels de Canal +: 1,5 million d’euros par épisodes dans la première saison, 1,7 million à présent. Mais l’organisation a dû être inventée, par exemple avec la nécessité de tenir trois plateaux en même temps, Paris, le Maroc et, dans la troisième saison, l’Azerbaïdjan. 120 journées de tournages au total, dont 50 au Maroc, pour une partie de l’équipe.

Une «usine à épisodes» chez Luc Besson

Le quartier général est basé chez Luc Besson, dans sa Cité du cinéma bâtie en banlieue parisienne. «C’est l’usine à épisodes», sourit Alex Berger, «et pendant quelques mois, nous n’y voyons pas la lumière du jour…» Le plateau est en bas, les bureaux des auteurs, dans les étages.

Des perspectives internationales

Quand la fiction TV française s’industrialise. Avec, étant donné la qualité du résultat, des curiosités marquées bien au-delà de l’Hexagone. Amazon a récemment acheté la série pour la diffuser par son canal dans plusieurs pays dont la Grande-Bretagne. A en croire son producteur, le feuilleton fait de belles audiences en Russie. Aux Etats-Unis, iTunes le propose, et la chaîne de Sundance va le mettre à son programme. En attendant, peut-être, une adaptation américaine, projet révélé fin avril. Mais il faut rester prudent sur ce point; plusieurs séries de Canal + ont été achetées pour des variations qui ne sont jamais venues. Seule Les Revenants a été refaite aux Etats-Unis. Désormais, Le Bureau des légendes a dépassé cette dernière, sur le podium de la série française qui rapporte les plus gros revenus à l’international.