poésie

«Au Bureau», poèmes de «l’implacable désir»

Le premier recueil composé en 1909 par Robert Walser lui-même paraît chez Zoé

Genre: Poésie
Qui ? Robert Walser
Titre: Au bureau
Titre Original: Poèmes de 1909
Langue: Trad. de Marion Graf
Chez qui ? Zoé, 121 p.

Dans Au bureau, Walser propose un choix de ses poèmes de jeunesse. Certains ont été publiés à Berne dès 1898 dans le Bund, avant même les premières proses, d’autres paraissent par la suite à Bâle, Leipzig, Munich, Vienne et Berlin dans divers quotidiens et revues. Le recueil couvre une période de onze années, il est édité à Berlin en 1909.

Loin de la préciosité et de l’emphase, des vers rimés parfois, remarquablement accordés au sens, expriment en des formes libres, avec une simplicité, une justesse et un naturel attachants, des modalités et des préoccupations de l’être.

D’emblée, plus grave que moqueur, le poète se voit le cœur las, en proie à un sentiment de manque et de déréliction, dans un monde hostile, où «la lune est blessure» et «les étoiles sont des gouttes de sang». Instable, déchiré, il est livré à des états et des sentiments contradictoires. Oubliant «ce qui longtemps l’a oppressé/ce qui était poids et douleur», il célèbre un «bienheureux soleil d’or». Résolu, d’abord, à «se jeter au combat» pour «ôter le mal du monde», il se résigne, par la suite, à laisser tomber. Tantôt heureux, devant un paysage de neige de la «Sainte, fraîche/paix du matin dans le monde», et tantôt harcelé par «de sombres souvenirs», qui dans sa chambre lui rappellent «Combien il a péché gravement/Car tous les pauvres/sont à genoux, avec leurs cœurs/fervents».

Mais malgré ce déchirement se décèlent «entre la joie et la peine», dans «un monde conscient de rien/peuplé d’humains fous ou sages», les fragments d’une éthique de la modestie et de l’amour, dont «jamais le souffle ne s’arrête». Dans le poème le plus long, adressé au Christ, elle appelle en son nom à la compassion, car «il appartient aux pauvres».

Et dans d’autres, le rayonnement des réalités élémentaires, perçues comme des signes, le ciel, les astres, les arbres, les montagnes, les vents, la neige, enjoint de suivre «l’implacable désir» qui «jamais ne mourra» et de «sillonner le monde en tant que monde», en quête de «ce havre jamais touché» vers lequel, sans être «même touché par l’espoir/de jamais le trouver», le porte son propre moi.

De la gravité au sourire, des vers insolites, dépouillés et harmonieux, accordés avec justesse aux sentiments et aux sensations qu’ils évoquent, esquissent avec une sincérité prenante les voies imposées par un idéal de pureté et d’intégrité. Avec pudeur, en des traits fins et précis, que la traductrice rend avec un soin éloquemment illustré par les retouches fines et judicieuses apportées çà et là aux quelques pièces figurant déjà dans le recueil Poèmes (Zoé, 2008), qu’elle a composé pour présenter le poète.

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