Leysin, où Cédric Streuli a grandi, était trop étroit pour lui. Durant une dizaine d’années, il s’est alors baladé un peu partout, de l’Inde aux Etats-Unis pour faire court, se décidant il y a cinq ans à poser ses machines à Montreuil. Pour autant, jamais ce garçon discret soudain passionné quand il parle de Buvette, son grand projet, ne qualifie «Paname» de «home». «Il n’y a pas d’endroit que je considère comme étant chez moi», jette-t-il, un peu désolé quand même. Faute d’attaches géographiques fixes, le trentenaire a construit à force de claviers Prophet Rev2 et d’harmonizer de voix un endroit rien qu’à lui. Un lieu «beau-bizarre» que célèbre 4 Ever. On y flotte, des cimes d’une montagne sacrée aux toilettes d’un train de nuit déserté.

Regarder les âmes flotter

«J’ai une obsession pour le temps qui passe. D’où cette phrase prononcée dans mon titre Now or Never, tu vois: «Profite de chaque minute, car rien dans l’univers ne dure jamais longtemps.» En rejoignant Cédric Streuli dans ce restaurant d’entreprise à la déco convenue, on s’attendait à découvrir le garçon tout en tension et drame que son dernier disque laisse imaginer. Mais non. Chemise rayée blanc et bleu ouverte sur t-shirt imprimé, mince collier d’or fin et ces cheveux autrefois longs maintenant raccourcis aux oreilles, il s’affiche courtois, patient, aussi indifférent au piaillement mou des fonctionnaires autour. D’accord, le cofondateur du Hautes Fréquences Festival de Leysin a «la tête pas trop fraîche», comme il dit, avec ses deux heures seulement de sommeil au compteur.