Il y a des plaisirs qui se méritent. Ceux que l’on ressentira éventuellement (la concession s’explique, on le verra) à la découverte du Black/White Oratorio de Robert Lax font partie de cette catégorie. De quoi parle-t-on? Présentons les enjeux de la partie.

Robert Lax (1915-2000), tout d’abord. Lorsqu’on cherche à se documenter sur ce poète américain, on tombe souvent sur la description qu’en donnait Jack Kerouac: «Un pèlerin à la recherche d’une belle innocence» (a pilgrim in search of beautiful innocence). De fait, la vie et l’œuvre de Lax appellent deux images voisines: l’érémitisme (il passa la très grande partie des 35 dernières années de sa vie dans le dépouillement, pas forcément idéalisé, des îles grecques de Kalymnos et Patmos) et l’ascèse – de la parole en tout cas. La poésie de Robert Lax est très économe: peu d’images, peu de mots, des constructions répétitives, et donc, pour qui sait la goûter, cette étrange combustion qui peut naître dans un air raréfié. Un minimalisme magnétique.