Spectacle

Ça y est, Lausanne a sa Revue et elle vise juste

Menée par l’humoriste Blaise Bersinger, une équipe de jeunes comédiens signe un spectacle qui croque l’actualité vaudoise avec fraîcheur et piquant. A découvrir au Théâtre Boulimie dès vendredi

En Suisse romande, quand on dit «revue», on pense spectacle, bonnes blagues, paillettes… Et bout du lac. Si l’association est inévitable, c’est que c’est à Genève que se donne, chaque fin d’année depuis plus de 120 ans, un spectacle décryptant avec malice l’actualité de l’année écoulée. Alliant satire et numéros musicaux, la Revue genevoise s’est depuis muée en une véritable institution, un rendez-vous que même les politiciens qu’il malmène ne rateraient sous aucun prétexte.

Et pourquoi pas à Lausanne, tiens? C’est la question que s’est posée Blaise Bersinger, jeune humoriste vaudois bien connu pour ses chroniques sur Couleur 3 et l’émission de la RTS Mauvaise langue, alors qu’il participait justement à la Revue 2017 en tant que stand-upper. «J’ai pris goût à travailler sur l’actualité et j’ai réalisé que ce serait super-excitant d’utiliser cette matière pour écrire un spectacle. Je connais mal Genève, mais je me suis dit que je pourrais reproduire l’exercice à Lausanne.»

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Pas de boas

Il faut dire que la ville n’avait plus connu de revue professionnelle depuis bien longtemps. Un vide qui n’attendait que d’être comblé, mais pas n’importe comment. Ni boas à plumes, ni gags sous la ceinture: Blaise Bersinger veut moderniser le genre. «Je trouve que faire danser des filles en petite tenue, ce n’est pas très 2018. Et j’aimerais bien montrer que la Revue, ça peut être contemporain et parler à un public un peu plus jeune.» Pas de déhanchés appuyés ni de dos dénudés, donc. Mais du chant et de la danse tout de même, pour conserver l’ADN cabaret.

Approché pour accueillir le projet, le Théâtre Boulimie n’hésite pas une seconde. C’est un grand oui. «On connaissait Blaise et on adorait déjà son personnage, son monde, expliquent Frédéric Gérard et Kaya Güner, les deux directeurs. Même si la Revue, ce n’est a priori pas notre monde, ça nous amuse parce que c’est du neuf, avec des gens neufs.» Ils rejoignent donc illico presto Blaise Bersinger et sa petite équipe, qui compte entre autres les jeunes comédiens Florence Annoni, Laura Guerrero et Simon Romang.

Début octobre, une campagne de crowdfunding visant à financer la composition et l’enregistrement de chansons «maison» atteint son objectif de 16 000 francs. Visiblement, le public lausannois est demandeur.

Deal et intempéries

«Quel succèèès!» Au pupitre, un officiel coincé vante les joies du M2 à l’occasion de ses 10 ans: voix traînante et discours tellement bateau que c’en est désopilant. Il invite alors au micro un brave contrôleur… qui décompense en maudissant les fraudeurs. Délicieux dérapage. S’ensuit un hymne à la gloire (toute relative) du «M3», cette chimère sur rails qui a donné son nom au spectacle.

Je trouve que faire danser des filles en petite tenue, ce n’est pas très 2018. Et j’aimerais bien montrer que la Revue, ça peut être contemporain et parler à un public un peu plus jeune

Blaise Bersinger

Sur scène lundi après-midi, c’est le filage: les sketchs s’enchaînent, titillant principalement l’actualité lausannoise et d’autres savoureuses vaudoiseries – deal de rue, intempéries de juin– mais aussi l’actualité plus large, à l’image de la crise de la presse que Blaise et ses compères revisitent en costume de journalistes mi-biaisés, mi-blasés.

Esprit malin

Aucune personnalité ou presque n’est directement singée, et les références sont moins pointues que celle de la cousine genevoise. La patte Bersinger, ici encore? «C’est vrai que j’ai plus tendance à faire des blagues sur la forme que sur le fond, même si j’ai pris plaisir à sortir de mon registre absurde habituel, affirme l’humoriste. En fait, en comparaison, cette Revue a moins de sens, elle est plus bordélique. Mais au sens positif du terme!»

S’il souffre de quelques longueurs ici et là, le show lausannois, simple, frais et efficace, a un charme indéniable. Et un esprit malin, auquel d’autres plumes salées, dont celle de Thomas Wiesel, ont contribué.

Mention spéciale pour cette scène dans les coulisses de la Coupe du monde de football en Russie, entre l’arbitre à la masse et le commentateur insupportable. Sans oublier cette parodie d’Infrarouge, qui voit Florence Annoni incarner une Esther Mamarbachi formidablement pincée. Et attendez de découvrir ses invités. Un régal.


La Nouvelle Revue de Lausanne, Théâtre Boulimie, dès le 2 novembre, du mardi au jeudi à 19h30, le vendredi et le samedi à 20h30.

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