C’est une histoire vraie qui montre des adultes méchants comme les tantes de James et la grosse pêche, ou la terrifiante directrice d’école de Mathilda, deux des héros du malicieux romancier. Seul problème: il s’agit des héritiers de Roald Dahl lui-même – à en croire du moins les réseaux sociaux. Le jour anniversaire de sa naissance (il aurait eu 95 ans le 13 septembre), sa petite-fille Sophie, par ailleurs ex top-modèle qui a posé pour Yves Saint-Laurent, a lancé un appel au public: il faut trouver 500 000 Livres pour déplacer dans le petit musée qui lui est consacré la célèbre cabane de l’écrivain, là même où ont été écrits Charlie et la chocolaterie, ou le BFG, le bon gros géant.

Sachant que les livres de l’ancien pilote sont traduits dans 34 langues, qu’ils continuent de se vendre au rythme de 12 à la minute, et que l’écrivain est le 15e auteur pour enfants le plus populaire, on comprend que l’appel au porte-monnaie public lancé par une famille pourtant multi-millionnaire ait suscité sarcasmes et quolibets sur le Net, vite relayés dans la presse britannique: Roald Dahl est une institution outre-Manche – même si le génial fantaisiste aurait évidemment renié ce terme. «Ils ont largement de quoi payer ce déménagement», et puis encore – «500 000 Livres pour déplacer quelques mètres cube de bois, vraiment?» «Des avares, des cupides, sans vergogne…» Ce n’est pas parce que tous les 13 septembre, on célèbre la mémoire de Roald Dahl au Royaume Uni, qu’il faut abandonner tout esprit critique.

Il faut dire que la cabane est en piteux état. Quelques planches de bois, une seule épaisseur de briques, des panneaux de polystyrène pour l’isolation: lorsqu’un de ses amis la lui installa dans le jardin de sa Gipsys house, à Great Missenden, entre Londres et Oxford, à la fin des années 1950, rien ne laissait présager que pendant plus de 30 ans, la cahute accueillerait tous les jours de l’année pendant plusieurs heures l’écrivain. Et seulement lui d’ailleurs: c’est uniquement après sa mort en 1990 que sa famille put pénétrer dans le sanctuaire. Charlie et la Chocolaterie, Fantastique maître Renard, Sorcières – tout est né là, écrit au stylo: Roald Dahl n’aimait pas taper à la machine. Le lieu est devenu mythique.

C’est le petit musée de Great Missenden qui doit accueillir la maisonnette. La famille a déjà donné beaucoup d’argent, précise sa curatrice, pour qui la polémique sur Internet n’a aucune raison d’être et est née d’un malentendu. Le déménagement doit avoir lieu d’ici mars. L’os de la hanche de Roald Dahl ira ensuite alimenter la curiosité des nombreux enfants ou anciens enfants qui ne manqueront pas de s’y rendre – oui, l’os de sa hanche, qui figure bizarrement parmi les objets qu’on a trouvés dans la cabane, avec des photos, des fossiles, son fauteuil et… des papiers d’emballage de chocolats. Bien sûr.