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Le site de la nouvelle HEAD avec à gauche le bâtiment Elna tout en longueur et l’espace Hippomène avec sa façade rouge.
© (HEAD– Genève, Michel Giesbrecht)

Genève

Cadeau pour ses 10 ans, la HEAD déménage

Dès l’été 2017, la Haute Ecole d’art et de design occupera les anciennes usines Elna de Châtelaine. Un cadeau de la Fondation Hans Wilsdorf

C’est déjà Noël du côté de la Haute Ecole d’art et de design de Genève. Jean-Pierre Greff vient d’annoncer que la HEAD qu’il dirige, et dont il est la cheville ouvrière depuis pile dix ans, va enfin rassembler toutes ses filières sur deux sites accessibles en à peine quinze minutes de marche. Et ce dès l’été prochain.

Une grande nouvelle aussi pour les étudiants qui, cas unique en Suisse pour une école d’art, devaient jusqu’à présent jongler avec plusieurs bâtiments dispersés à travers la ville. L’endroit? Les deux anciennes usines de machines à coudre Elna, dont un bâtiment inspiré du Bauhaus construit en 1944 par l’architecte Jean Erb, et celle qui fabriquait jadis les voitures Hispano-Suiza, juste en face. Toutes longent l’avenue de Châtelaine, dans le quartier des Charmilles. Soit 16 0000 mètres carrés – 2800 de plus qu’actuellement – achetés par la Fondation Hans Wilsdorf sous forme de DDP (droit distinct et permanent de superficie) à ses propriétaires (Dominique Hentsch et Swisscanto Invest) et offerts à l’école dans la foulée. «Cela signifie que la Fondation met à notre disposition 100% de ce parc immobilier sans aucune contrepartie.»

Lire notre éditorial: Genève fait briller son école d’art

Des bijoux architecturaux

Mieux qu’un joli cadeau, une sacrée reconnaissance pour celui qui a fait de la HEAD l’une des grandes écoles européennes d’art. «Les friches industrielles sont rares à Genève. En trouver une avec trois bâtiments les uns à côté des autres et, qui plus est, exceptionnels en termes d’architecture, relève du miracle. J’aime aussi l’idée symbolique que notre école, qui produit des idées et des objets contemporains, emménage dans des fabriques au passé prestigieux», reprend Jean-Pierre Greff qui cherchait depuis longtemps à pousser les murs de son établissement.

Lire aussi: La HEAD, 
10 ans 
et toujours 
à la mode

«Nous sommes à l’étroit. Il nous manque les équipements indispensables pour un établissement de notre niveau. Nous n’avons pas de cafétéria, pas de réfectoire, aucun plateau de tournage pour le cinéma ni d’auditoire digne de ce nom pour accueillir des visiteurs de renommée internationale.» La HEAD va néanmoins continuer à occuper la bâtisse du boulevard James-Fazy, à côté de la gare Cornavin, «parce que c’est notre base historique, que c’est là que se trouvait l’école des arts industriels inaugurée en 1877 et que nous avons encore besoin de sa superficie». Les espaces seront ici intégralement dédiés à la filière mode, bijou et accessoires qui s’y trouve déjà, de même que la céramique, tandis que l’administration, les bureaux des professeurs et de la direction déménageront pendant l’été 2017 dans le petit immeuble moderne Elna dessiné par Georges Addor en 1956, inscrit au patrimoine genevois.

Le bâtiment des arts visuels en 2019

A l’origine, il y a six ans, Jean-Pierre Greff projetait de fédérer les pôles de son école dans une nouvelle construction. Laquelle n’a jamais dépassé le stade du projet et aurait de toute façon mis des années avant de sortir de terre. «Avec toutes les complications financières et structurelles que cela suppose. Pour nous cette solution est clairement la meilleure. Elna et l’espace Hippomène viennent d’être rénovés. Les travaux de l’ancienne usine Hispano-Suiza vont démarrer très vite, d’ici l’été prochain pour une livraison prévue fin 2019. Ils comprennent une surélévation de deux étages mais nous souhaitons des espaces simples et adéquats pour des ateliers d’artistes. Et puis tous ces bâtiments sont magnifiques. Ce qui fera de notre campus l’un des plus beaux d’Europe.» Les travaux pour l’ancienne usine sont estimés à 6,5 millions de francs. Pour ce bâtiment comme pour les autres, une première planification des espaces a déjà été faite. «Elle doit encore être discutée avec les équipes», rassure Jean-Pierre Greff qui avait réuni hier tout le personnel de l’école pour annoncer la nouvelle.

Pour le directeur, l’emplacement de la nouvelle HEAD va aussi participer à la dynamique d’un quartier en plein boum. «Elle va contribuer à le requalifier à partir des industries de la création. Les Charmilles sont appelées à un très fort développement avec un lieu qui abritera bientôt des start-up, des jeunes studios et tout un écosystème en partie lié à l’école, reprend Jean-Pierre Greff. Ce projet, c’est la HEAD à la puissance 3. Les années qu’il me reste à faire sont désormais placées sous le sceau d’un enthousiasme incroyable. Il y a de quoi s’amuser pendant dix ans.»


Les pions bougent pour Genève

Bien sûr, le regroupement de locaux qu’elle est en passe de réussir en une poignée d’années ouvre des perspectives énormes pour la Haute Ecole d’art et de design. Mais ce déménagement induit toute une série de changements. Aux Charmilles d’abord, comme le souligne plus haut Jean-Pierre Greff, très soucieux de l’interactivité possible entre l’école et son futur quartier.

Le périmètre voisin aussi en question

Sami Kanaan, conseiller administratif en charge de la culture et des sports, confirme que cette nouvelle donne va influencer les développements des secteurs voisins. «L’arrivée de la HEAD va nourrir nos réflexions sur la Zone industrielle des Charmilles, la ZIC, notamment sur les espaces occupés aujourd’hui par des services municipaux.» L’avenir de ce périmètre voisin du projet de la HEAD, autre friche industrielle, propriété de la Ville, fait l’objet de discussions depuis des années. Le Conseil administratif avait ainsi soumis au Municipal le projet d’un «Ecopole», pour le lancement de petites entreprises soucieuses de développement durable. Le magistrat sera aussi attentif à ce que ce déménagement favorise encore la coopération entre Ville et HEAD. «L’école est un partenaire incontournable, pour l’organisation des prix et des bourses en art et en design, mais aussi dans bien d’autres domaines.»

L’on imagine aussi que l’arrivée de centaines d’étudiants et d’enseignants risque de susciter quelques développements, essentiellement commerciaux, aux alentours. Bien sûr, le centre-ville restera très proche – c’est un des miracles du projet – le Centre commercial des Charmilles est à deux pas, et le parc Gustave & Léonard Hentsch ainsi que celui des Franchises offrent de beaux espaces de détente. Mais de nouveaux besoins vont forcément naître.

Cinq bâtiments libérés

Par ailleurs, des changements sont aussi induits dans les quartiers abandonnés par la HEAD. Celle-ci met à disposition cinq lieux, dont certains font depuis longtemps l’objet de convoitises. Les plus grands sont ceux du boulevard Helvétique et de la rue du Général-Dufour, auxquels se sont ajoutés peu à peu celui de la rue de l’Encyclopédie et celui, plus provisoire, de la rue de la Prairie, sans compter une location à la rue des Acacias. Lors de la conférence de presse, mardi matin, Anne Emery Torracinta, conseillère d’Etat en charge du DIP, précisait que d’autres domaines encore, des HES-SO espéraient des locaux. Si la Haute Ecole de musique devait trouver sa place dans le projet de Cité de la musique, la Santé pourrait récupérer un des bâtiments libérés par la HEAD. Et le DIP pourrait aussi profiter de l’aubaine pour répondre à différentes nécessités à d’autres niveaux de scolarité.

Une possibilité pour le Musée d’art et d’histoire

Bien sûr, le bâtiment qui fait immédiatement l’objet de toutes les questions est celui du boulevard Helvétique. Aussi historique que celui de James-Fazy, il a été maintes fois cité pour une possible extension du Musée d’art et d’histoire. «Je rencontre justement les experts du MAH demain, nous pourrons en parler», a simplement dit Anne Emery Torracinta. Même ouverture du côté de Sami Kanaan, qui a aussi rendez-vous ce mercredi avec la commission présidée par Jacques Hainard et Roger Mayou. Le magistrat rappelle toutefois que la principale demande qu’il a faite à cette commission est de réfléchir aux missions du musée, jusqu’ici encyclopédiques. Il reste que les débats risquent bien d’être influencés par la possibilité de disposer de quelque 3000 m2 de surface utile supplémentaire dans un délai relativement court. Peut-être même faudra-t-il réentendre certaines des personnes rencontrées par le groupe. Les auditions devant normalement se clore au tournant de l’année pour que les experts rendent leur copie au magistrat au début du printemps.

Actuellement, le bâtiment du boulevard Helvétique abrite les arts visuels, qui seront les derniers à déménager aux Charmilles, c’est-à-dire pas avant la fin 2019. Mais, comme le fait remarquer en souriant la conseillère d’Etat, cela reste un délai assez court au regard de l’historique des projets du MAH.

De son côté, Patrimoine suisse section Genève a très vite repris sur Facebook l’annonce du déménagement mise en ligne dès mardi par «Le Temps». Et de commenter: «Plus d’espace in situ pour le MAH Charles-Galland? A moins d’une nouvelle décision politique catastrophique cela devrait être enfin possible sans travaux pharaoniques et destructeurs pour cet ensemble patrimonial.» On le voit, le déménagement de la HEAD en ravit plus d’un. 

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