Siah Armajani, un des artistes qui a accompagné la jeune histoire du Mamco, a tenu à marquer le tournant que vit le musée en offrant une œuvre d’exception, une pièce cousue d’étoffes multiples, accrochée sur deux murs en angle, sur plus de neuf mètres, et titrée Letters Home. Chaque pièce de tissu est couverte d’écriture en farsi, sa langue natale.
Reprenant la tradition très vivante encore en Iran de s’exprimer en poésie, avec ses propres vers ou ceux des classiques, l’artiste adressait ces textes aux siens, et en particulier à son père, restés au pays alors que lui, menacé par la police du Shah, venait de rejoindre Minneapolis, aux Etats-Unis. Cette œuvre marquée par la séparation, que Siah Armajani a sortie comme un trésor secret de ses réserves personnelles, est d’autant plus émouvante à découvrir au moment d’un départ, fusse-t-il clairement moins douloureux que l’exil vécu alors par le jeune artiste.
Sa présentation s’inscrit dans une sorte de mini-rétrospective, un moment fort de One More Time, composé à partir des plus de 200 pièces que possède le Mamco. On peut y apprécier nombre de maquettes de cet artiste fasciné par les ponts. L’une d’elle se distingue. Siah Armajani a représenté une rue de Saint-Paul avec tous ses bâtiments noircis, comme en deuil. Le poète John Berryman avait l’habitude d’y tituber jusqu’au jour de 1972 où il s’est jeté du pont qui termine cette rue et permet de rejoindre Minneapolis, de l’autre côté du Mississippi.