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Les cadeaux de Marcel Imsand à Gianadda

En trente ans, le Lausannois a offert plusieurs centaines de tirages à l’institution. Exposition en trois volets à Martigny

C’est une exposition qui frise la rétrospective. Marcel Imsand a offert tant d’œuvres à la Fondation Gianadda que, lorsque celle-ci décide de les présenter, le public a l’impression de voir défiler l’entier d’une carrière.

C’est le résultat de trente ans d’attachement. Le photographe lausannois et l’ingénieur valaisan se rencontrent fin 1983 chez un ami commun. Le courant ne passe pas d’emblée. Les deux hommes s’entendent finalement sur la couverture de l’exposition Rodin. «Si tu veux, je réalise une bonne photo d’une sculpture à l’extérieur et te fais un superbe tirage noir et blanc. Tu en fais un poster et tu en vends des milliers. Salut. Marcel», écrit Imsand en 1984 à Léonard Gianadda. Le poster est un succès, et le photographe devient un habitué des manifestations octoduriennes. L’amitié s’installe.

Au gré des anniversaires, près de 500 tirages parviennent à la Fondation, dont plus de la moitié sont exposés depuis vendredi dernier. Bien sûr, il y a Luigi le berger. De 1988 à 1990, Marcel Imsand accompagne le nomade italien et son troupeau lors de la transhumance. Chaque hiver, ils partagent quelques nuits en forêt, des feux de camp et peut-être un verre de vin. En résulte un magnifique travail, à la fois touchant et onirique. Quelque chose d’un monde qui n’est plus. Marcel Imsand, ancien livreur de pain, brille dans ce registre. La série sur Paul et Clémence, fragiles vieillards établis aux Dailles, ou celle accordée aux jumeaux de Vaulruz, semblent dater d’un autre siècle. La photographie d’Imsand s’y fait clairement humaniste, dans la lignée des Cartier-Bresson, Doisneau ou Atget. «J’allais les voir parce qu’ils étaient devenus des amis. Je ne prenais pas si souvent des photos et jamais je n’ai pensé en faire un livre ou une exposition», raconte le photographe.

A leur côté, d’autres histoires d’amitié, moins anonymes celles-là. Les portraits de Barbara ou Maurice Béjart, en roi Lear flamboyant, en homme bouquinant sur sa moquette, en papi à chat. Ceux réalisés dans les coulisses du Palais de Beaulieu, du Grand Théâtre de Genève ou en studio: Arthur Rubinstein, Duke Ellington, Georges Brassens. Qu’il photographie un paysan ou une vedette, Marcel Imsand parvient à capter le regard, à créer la rencontre. «J’aime les gens et j’ai le contact facile. Je suis un humain qui photographie un humain, je me fiche de la célébrité», argue l’octogénaire. «Imsand dit toujours qu’il ne fait pas de différence entre une star et un enfant, mais dans cette exposition cela saute aux yeux. Il y a une émotion dans chacun des portraits. Nous craignions une hétérogénéité dans cet ensemble; la façon qu’a Marcel de mettre les personnes en valeur donne la cohésion», poursuit Jean-Henry Papilloud, commissaire de Marcel Imsand et la Fondation.

L’exposition se découpe en trois ensembles. Les grandes séries du photographe – telles que Luigi ou Béjart – se dévoilent sur fond rouge. Les images plus disparates ont pour écrin des murs repeints en vert. Ce sont des gosses jouant aux cartes sur le bitume, une main laissant filer la terre, des religieuses à Géronde. Des paysages. Toutes racontent une histoire. Les couleurs vives offrent un nouvel éclat aux tirages très noirs du Lausannois. Le dernier tiers, enfin, est constitué des clichés réalisés par Marcel Imsand dans le cadre de la Fondation Gianadda. Sculptures de Giacometti, vernissages, concerts.

Le reportage consacré aux filles du Moulin Rouge lors de l’inauguration de l’exposition Toulouse-Lautrec en 1987 ravit par sa facétie. Le reste lasse très vite. Le gratin défile, de Jean-Pascal Delamuraz à Mario Benedetti en passant par la reine Marie-José d’Italie. Sur le podium, passent et repassent Barbara Hendricks ou Teresa Berganza. «J’ai couvert les événements de la Fondation pendant 25 ans. Je l’ai fait par amitié pour Léonard, mais ce n’était pas désagréable de photographier Anne-Sophie Mutter, rit Marcel Imsand. C’est très bien qu’il reste une trace de tout cela.» Un vernissage ressemble à un vernissage et, outre un carnet mondain somme toute limité, l’intérêt s’étiole. «Nous sommes ici entre le document et l’œuvre, admet Jean-Henry Papilloud. Le registre est différent, mais ces images permettent de renseigner l’envol de la Fondation.» Une démarche d’autocélébration qui ne sert pas le photographe. Marcel Imsand excelle dans l’intimité mais moins parmi les foules, à l’exception du troupeau de moutons de Luigi.

Marcel Imsand et la Fondation , Fondation Gianadda, Martigny, jusqu’au 3 mars 2013. www.gianadda.ch

«J’aime les gens. Je suis un humain qui photographie un humain, je me fiche de la célébrité»

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