John Eliot Gardiner est un mage enchanteur et son Beethoven lui ressemble. Au service du mage, l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique, composé d'instrumentistes parmi les meilleurs, donne la Symphonie No 3 dite «héroïque». La musique présentée ce soir à Montreux est bien loin de cette chose dégoulinante et sourde dans laquelle on a trop souvent tendance à noyer Beethoven. Les instruments d'époque y sont probablement pour quelque chose: cordes au timbre animal, cuivres acidulés et vents onctueux. De la haute gastronomie. Mais le plus étonnant reste la grille de lecture de Gardiner, à l'opposé des clichés habituels, au-delà même de l'authenticité historique, plus proche du dialogue spirite entre le compositeur et l'interprète. L'émotion, déclenchée par la collision entre la passion des musiciens, leur valeur et l'étonnement du public produit de la chaleur. L'Auditorium Stravinski et ses boiseries omnipotentes forment un vrai sauna! Une cure de jouvence purificatrice pour une musique trop souvent massacrée.

Il faut dire que la première partie, dédiée à l'ouverture Manfred et à la Symphonie No 4 de Schumann, est elle aussi troublante. Certes, l'interprétation de la Symphonie No 4 fait de l'ombre à l'épisode peu convaincant de Manfred, durant lequel l'orchestre n'a pas montré la même détermination. Mais l'essentiel de la formule magique composée mercredi réside dans le mélange de la cohérence d'un chef et la vertu du jeu de ses musiciens. Ce philtre puissant a envoûté l'ensemble du public du Festival.